Vos commentaires facebook sur la santé mentale

Depuis les évènements du 31 octobre 2020, je lis et j’entends toutes sortes de choses sur la santé mentale. «Les problématiques de santé mentale représentent un enjeu de sécurité pour la société», «on devrait obliger les gens à recevoir un traitement», «ça devrait être enfermé ce monde-là». Regardons ensemble pourquoi tous ces beaux p’tit commentaires ne font aucun sens.

En santé mentale, contrairement à la santé physique, nous n’avons pas d’examens, nous n’avons pas de prises de sang, nous n’avons pas de résultats d’imagerie pour diagnostiquer un patient. Les seuls outils à notre disposition sont nos observations et nos évaluations, les observations de l’entourage et ce que le patient nous donne comme information. C’est tout. Si la personne nous dit que tout va bien, que pouvons-nous faire? Même si l’entourage nous donne de l’information, tant que la personne ne représente pas un danger pour elle-même ou pour les autres, rien ne nous donne le droit de garder une personne contre son gré. Donc oui, si la personne ne souhaite pas avoir de l’aide et qu’elle nous dit que tout va bien, elle est libre de quitter. Si on était dans le monde de Harry Potter, on pourrait sans doute lire dans les pensées et arracher de force de l’information, malheureusement, dans notre pauvre monde de Moldus, ce n’est pas encore possible. Si la personne ne nous dit pas qu’elle est déprimée, qu’elle est anxieuse, qu’elle a des hallucinations ou des idées délirantes, etc… qu’est-ce qu’on peut faire? On ne peut pas traiter, soigner et travailler sur ce qu’on ne sait pas!

Les gens présentant des problématiques de santé mentale ne sont pas dangereux pour la société. C’est un raccourci pas mal bouetteux de dire le contraire. La majorité des personnes ayant une problématique de santé mentale ne représente pas un danger. Je le répète, la santé mentale n’égale pas danger. D’ailleurs, il n’y a pas que les personnes ayant un trouble psychiatrique qui sont dangereuses ou agressives. Je vais demander au Pape de vous canoniser Saint si vous me dites que vous n’avez jamais ressenti de la colère ou de l’agressivité au courant de votre vie. Alors, pourquoi faisons-nous ce lien lorsque l’on parle de la santé mentale? Pour ce qui est du fait de se reproduire… Ça me semble être un très bon argument. Très solide. Intouchable. Tant qu’à y être, on devrait aussi hospitaliser tous les diabétiques, les hypertendues pis les insuffisants rénaux, même s’ils sont traités. Au moins, ils vont arrêter de se reproduire. #Argumentimbécile.

Tout d’abord, avoir une problématique de santé mentale ne signifie pas nécessairement qu’il y a une perte de jugement et de capacité à consentir. Les gens demeurent LIBRES de consentir aux soins qu’ils reçoivent. C’est un droit fondamental. Est-ce que le refus de traitement est la meilleure solution pour la personne? Possiblement que non. Mais ça reste dans ses droits. Une personne qui a une maladie pulmonaire décompensée peut choisir de ne pas être hospitalisée et de continuer à fumer. Est-ce que c’est la meilleure solution? Possiblement que non, mais ça reste dans ses droits.

«Cette personne avait l’intention de tuer des gens». Je n’étais pas dans le bureau de consultation lorsque ces propos auraient été tenus, alors je ne peux me permettre de critiquer. On le voit souvent apparaître dans les discussions, «il aurait dit vouloir tuer des gens»! Vous avez une personne qui vous dit ça, vous faites quoi? Vous l’envoyer en prison? Elle n’a tué personne. On l’hospitalise et on l’enferme? Sur quel motif? Cette personne n’a encore commis aucun acte grave et elle n’a pas l’intention de le faire dans un futur proche. Est-ce qu’on va commencer à emprisonner, médicamenter et enfermer du monde sur la présomption qu’ils vont peut-être éventuellement être dangereux un jour? Voyons, ça ne fait aucun sens! Si la menace n’est pas concrète et immédiate, c’est quoi la solution? Je suis toute ouïe. Supposons qu’il y a une personne avec des idées suicidaires, mais qu’elle n’a pas de plan, qu’elle ne sait pas quand ou où elle compte passer à l’acte. Est-ce qu’on va l’hospitaliser de force? Ben non! On va lui offrir un suivi et on va l’accompagner différemment qu’en l’hospitalisant. Circonstances différentes, mais même enjeux.

Est-ce que cette personne aurai dû avoir un meilleure suivi, est-ce que les choses auraient pu être faites différemment? Possiblement. Mais on ne l’a pas le dossier médical entre les mains, alors il n’y a rien de concret qui peut ressortir de cette discussion actuellement. Et ça, c’est un tout autre débat de société.

Comme je le mentionnais précédemment, une personne reste avec le droit de consentir à ses soins. Cependant, si la personne est jugée inapte à consentir et que des soins sont nécessaires, il est possible de faire une demande de jugement d’autorisation de soins. Ce que cela permet, c’est de forcer une personne à recevoir des soins ou prendre de la médication. On parle ici de retirer à quelqu’un un droit fondamental! Donc non, ça ne se fait pas si facilement que ça. La demande doit d’ailleurs être présentée devant un juge. Donc, vous comprendrez que pour retirer un droit à quelqu’un, il faut d’excellentes raisons. Vous vous sentiriez comment si on vous forçait à prendre des pilules dont vous ne voulez rien savoir? C’est ça. Donc au grand jamais NON, il ne devrait pas «y avoir une loi qui oblige la personne à se faire soigner si elle présente des symptômes». Est-ce qu’on forcerait une personne qui présente une exacerbation de sa maladie pulmonaire à prendre des médicaments si elle est jugée apte à consentir? Non, voyons.

La santé mentale, ce n’est pas si différent de la santé physique, on traite le cerveau plutôt qu’un cœur ou un rein. Il faut arrêter de les voir comme deux choses complètement distinctes. Pourquoi sommes-nous si rapide à juger une personne psychotique qui ne prend pas ses médicaments, alors qu’un hypertendu qui fume et ne prend pas ses médicaments ou un diabétique qui ne contrôle pas bien sa glycémie et mange trop sucré n’entraine pratiquement aucune réaction?

Je n’ai pas la prétention de dire que tout est parfait dans le réseau et qu’il n’y a pas place à l’amélioration, mais la santé mentale, c’est pas mal plus complet et complexe que donner des penules pis enfermer le monde à l’asile. Traitons d’abord la stigmatisation créée par notre société et arrêtons le sensationnalisme qui entoure la santé mentale, ensuite nous pourrons avoir un débat.

Merci.

Pier-Luc Banville, inf. B. Sc.

Crédit image : https://www.androidpolice.com

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À défaut de pouvoir écrire pour la Gazette du Sorcier, j'ai crée la Gazette du Malin-Firmier!

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