Être infirmier ou infirmière, une vocation ?

Je ne peux pas compter le nombre de fois que j’ai dit : «Être infirmière, c’est une vocation…» avec les yeux brillant de fierté et d’espoir.

J’ai récemment réalisé que j’étais dans l’erreur. Tout ce temps là, j’utilisais ce terme qui, aujourd’hui,  m’apparaît un peu ridicule et archaïque.

J’ai lu la définition de «vocation» dans le Larousse. Ce serait : «une destination privilégiée ou naturelle de quelque chose, de quelqu’un, d’un pays, d’un groupe, du fait de sa nature, de ses caractéristiques, une inclination, penchant particulier pour un certain genre de vie, un type d’activité, un acte par lequel Dieu prédestine tout homme à un rôle déterminé, qui constitue sa fin personnelle, en particulier destination, appel au sacerdoce ou à la vie religieuse.» (by the way, pour simplifier, un sacerdoce, c’est une fonction qui présente un caractère quasi religieux en raison du dévouement qu’elle exige… Je n’invente rien, c’est Google qui le dit ! Je suis tombée en bas de ma chaise. Non, être infirmière n’est pas une vocation  pour moi. Une «destination privilégiée et ou naturelle» ? Non. Après avoir étudié plusieurs années afin de développer mes savoirs et mes compétences, je peux affirmer, en toute humilité, que ce n’est pas venu naturellement chez moi d’être infirmière. «Hey Steph, t’étudies pas ? Ben non ! Être infirmière c’est une vocation !»

D’ailleurs, quotidiennement, les infirmiers et infirmières travaillent fort pour parfaire leurs connaissances et se garder à jour afin d’offrir des soins de qualité, on est même tenus par l’Ordre des infirmiers et infirmières de le faire.

Ensuite, selon le Larousse, c’est une «destination privilégiée, un certain genre de vie». En quoi mon travail devrait être maître du genre de vie que je mène ? Comme si, puisque j’ai choisi d’être infirmière, je devrais sacrifier ma vie au profit de ma «vocation» puisque ce serait dans ma «nature» ? Non merci. Bien que j’ai choisi de devenir infirmière, ça n’excuse en rien que mon travail prenne le dessus sur ma vie personnelle à la maison. Ça n’excuse pas le fait que je doive rester après un shift de 8h parce que mes patients ont besoin de moi (ma famille et mon sommeil peuvent bien attendre eux.) Ça n’excuse pas le fait que je revienne chez moi en pleurant, épuisée, parce que j’ai couru toute la nuit, faute de personnel, de matériel et de support. 

Et vient mon bout préféré de la définition ; «Un acte par lequel Dieu prédestine tout homme à un rôle déterminé.» Attendez, je réfléchis… Non, même en me creusant fort les méninges, je ne me rappelle pas le moment où Dieu m’a prédestinée à devenir infirmière. Honnêtement, j’ai choisi de m’inscrire en soins infirmiers parce que je ne savais pas trop quoi faire dans la vie et mon Cégep offrait le programme. J’étais une personne curieuse qui aimait prendre soin des autres. Je suis tombée en amour avec le domaine infirmier immédiatement. Avec les infinies possibilités et opportunités que la profession infirmière pouvait offrir. Avec le challenge. Avec l’inépuisable source de savoirs que ce domaine possède. Avec ce travail qui allait me permettre de laisser place à mon leadership, ma curiosité professionnelle et j’en passe.

J’ai donc bûché pendant 3 ans pour faire ma technique et encore quelques années de plus pour obtenir mon baccalauréat. Durant ces nombreuses années, jamais, je ne dis bien jamais, Dieu n’est venu me souffler 2-3 réponses à mes examens. (Quoique j’avoue l’avoir prié la veille de l’examen de l’OIIQ…) J’ai fait ça toute seule, comme une grande. Sommes-nous d’accord qu’en 2019, on est loin de l’arrivée des Augustines en 1639 au Canada ? Dès les années 1800, les infirmières laïques faisaient leur entrée dans les centres hospitaliers montréalais.

En 1800 !

Peut-on s’entendre que, plus que 200 ans plus tard, il serait intéressant d’arrêter de penser que les infirmières sont des Saintes-Soignantes dévouées corps et âme à leur patient parce que Dieu en a décidé ainsi, parce qu’elles étaient destinées à mener cette vie ?

Être infirmier ou infirmière, c’est un travail, une profession. Selon le Larousse, c’est une « activité rémunérée et régulière exercée pour gagner sa vie […] un métier à caractère intellectuel, artistique qui donne une position sociale plus ou moins prestigieuse […] l’ensemble des personnes exerçant un même métier. » Cette définition a pas mal plus de sens pour moi.

Dire qu’être infirmière est une vocation, c’est rétrograde. C’est une façon de dire qu’il faut accepter notre sort sans rien dire puisque c’est notre destinée. C’est de baisser les bras. C’est de se soumettre. C’est d’accepter de rester pour un 8h de travail supplémentaire obligatoire. C’est de sauter notre heure de repas parce que les patients ont besoin de nous.

Bref, c’est dire oui, alors qu’il faudrait crier non.

Stèphanie Nantel, inf. B. Sc.

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