3 questions qu’on me demande souvent sur la psychiatrie

Au début de ma jeune carrière, je travaillais comme infirmier sur une unité de cardiologie. Quand j’ai annoncé à mes collègues que je changeais d’employeur, que je quittais la cardiologie, tout ça pour faire le saut en psychiatrie dans un institut universitaire de santé mentale,  j’ai eu droit à plusieurs réactions.

Félicitations!
T’es malade?!
Ouf! Tu es bon, moi je ferais jamais ça.
Tu vas perdre toutes tes connaissances! (O-kay. Celle-là m’avait bien fait rire).

Crédit : Giphy

J’ai déjà fait parti des gens qui disaient : «Ouf! Jamais je travaillerais en psychiatrie». Pourquoi? Je ne saurais dire exactement. Peut-être parce que je ne savais pas exactement c’était quoi travailler en psychiatrie. Peut-être parce que j’ai forgé mon opinion selon les dires des autres. Au moment où j’écris ces lignes, ça fait 8 mois que je travaille dans le milieu de la psychiatrie. Et depuis, j’ai eu droit à plusieurs questionnements. C’est quoi mon travail? Comment ça se passe avec les patients? As-tu peur de rentrer travailler?

Aujourd’hui, c’est un peu le but de mon article, répondre à ces interrogations, démystifier (un peu) le milieu de la psychiatrie.

Est-ce que les instituts de santé mentale, c’est comme dans les films, un asile?
Prenons par exemple l’Institut Universitaire en Santé Mentale de Québec (IUSMQ). Autrefois, genre, en 1845, l’IUSMQ s’appelait l’asile provisoire de Beauport. Fort heureusement, les choses ont énormément changé depuis. Malheureusement, le stigmate de l’asile perdure un peu dans les esprits. Alors, la réponse à la question est : non. Ce n’est pas un asile, ou plutôt, ce n’est plus un asile. On est loin de «vol au dessus d’un nid de coucou» et je n’ai jamais croisé une infirmière aussi détestable que Nurse Ratched.

Crédit : Vol au dessus d’un nid de coucou

Les hôpitaux psychiatrique ne sont pas plus des prisons qu’ils ne sont des asiles. Il ne faut pas croire que tous les patients y sont hospitalisés contre leur gré. Il ne faut pas croire que les patient sont emprisonnés. Plusieurs obtiennent des droits de sortie et peuvent même circuler hors du terrain de l’hôpital. Il ne faut pas croire que la camisole de force est encore utilisée. Oui, il existe des méthodes de contention; exactement les mêmes qui sont utilisées dans les milieux physiques. Contrairement à l’imaginaire, les patients soignés en psychiatrie ne sont pas que des fous furieux délinquants et dangereux. Il y a plusieurs choses qui peuvent justifier qu’une personne ait besoin d’un suivi en psychiatrie. Malheureusement, les milieux psychiatriques demeurent très stigmatisés, même auprès des patients. J’ai vu beaucoup trop de personnes réticentes à aller chercher de l’aide ou être horrifiées d’être hospitalisées dans un hôpital psychiatrique, par peur du jugement. Pourtant, c’est 1 canadien sur 3 qui, au cours de sa vie, vivra une problématique de santé mentale.

Tu n’as pas peur de tes patients?
Honnêtement, non. Oui, parfois, on entend parler dans les médias d’incidents malheureux qui se sont produits dans le milieu de la psychiatrie. Mais une personne qui vit avec une problématique de santé mentale n’équivaut pas à danger. Il faut s’enlever ça de la tête. D’ailleurs, on est formés pour reconnaître les signes d’une escalade de la colère. On est outillés pour savoir comment gérer cette escalade dans le but d’éviter un état de crise. Pis, on va se le dire, dans une situation inconfortable, où on sent qu’on perd le contrôle et qu’on est submergés par les émotions, je m’excuse, mais pas besoin d’avoir un diagnostic de santé mentale pour «péter sa coche». Tout le monde en arrive là un un jour ou l’autre. Ça fait parti de la vie. Oui, j’ai déjà eu des crises en santé mentale, mais j’ai déjà eu exactement la même chose en cardiologie dans le passé. Non, je n’ai pas peur de mes patients. D’ailleurs, un potentiel de violence, il y en a partout dans le réseau de la santé, pas seulement en psychiatrie.

C’est quoi que je fais?
Il y a tellement de rôle différents pour les infirmiers en psychiatrie, que c’est impossible d’en faire un résumé. En ce moment, je travaille en soins à domicile psychiatriques. J’ai des patients qui sont en phase maniaque, qui sont dans une période dépressive, qui ont des idées suicidaires, qui sont en psychose, qui ont un trouble d’adaptation, etc. Toutes ces personnes là, ne sont pas hospitalisées. Elles sont chez eux, on les accompagne et on leur fournit les soins nécessaires pour retourner vers un état d’équilibre. Ces personnes, parfois, continuent à travailler ou à aller à l’école. Le serveur qui vient te voir au restaurant est peut-être en psychose et tu n’en sauras jamais rien. Ton collègue qui est assis à 3 chaises de toi, dans ton cours, est peut-être dans une phase maniaque ou dépressive de sa maladie bipolaire et tu n’en sauras jamais rien.

La santé mentale, c’est aussi vaste que la santé physique. Il y a plusieurs diagnostics, il y a plusieurs nuances, il y a plusieurs réalités.

Pier-Luc Banville, inf. B. Sc

Crédit image couverture : vol au dessus d’un nid de coucou

Références

  1. CIUSSS de la Capitale-Nationale (2019). Histoire de l’institut universitaire en santé mentale de Québec. Récupéré à [https://www.ciusss-capitalenationale.gouv.qc.ca/histoire-de-linstitut-universitaire-en-sante-mentale-de-quebec]
  2. Gouvernement du Canada (2016). Blogue de données – La maladie mentale au Canada. Récupéré à [https://infobase.phac-aspc.gc.ca/datalab/mental-illness-blog-fr.html]

Publié par

À défaut de pouvoir écrire pour la Gazette du Sorcier, j'ai crée la Gazette du Malin-Firmier!

Un commentaire sur « 3 questions qu’on me demande souvent sur la psychiatrie »

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