La «pharmaco» du rhume

Mon but ne sera pas de vous expliquer (encore) la différence entre le rhume et la grippe ou encore d’où le rhume provient et combien de temps il dure, mais plutôt d’aller à la «pharmaco» des choses!

Parfois, ça va nous tomber dessus d’un coup, d’autres fois, on va le sentir venir. Une fois bien coincés des sinus, le nez rougi et les yeux fatigués, notre entourage va vouloir nous aider. Qui n’a pas déjà entendu : Bois beaucoup d’eau et repose-toi. C’est effectivement un vrai bon truc, mais soyons réaliste, ce n’est pas toujours suffisant pour s’en sortir.

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Crédit Photo : Archie Comics

Je vais donc commencer avec des symptômes qui pourraient vous donner l’goût d’aller voir un professionnel de la santé, juste pour être sûr! Je vais ensuite séparer mon article selon certains symptômes que l’on souhaite enrayer et comment le faire en vente libre! J’aborderai l’adulte en santé et l’enfant de plus de 6 mois. Pour les femmes enceintes, les personnes âgées et les nourrissons, il y a tellement de paramètres à évaluer, alors c’est toujours mieux qu’un professionnel (pharmacien, infirmier, médecin, etc.) évalue la situation. Cependant, je rappelle qu’il est pertinent de consulter votre pharmacien avant de vous procurer quelque produit que ce soit, surtout si vous prenez des médicaments ou si vous souffrez d’une pathologie particulière.

Ha, et dernière chose! Je rappelle qu’un rhume, ça se soigne avec le temps. On peut soulager les symptômes, pas les régler!

 

Consultation (fortement) recommandée si : 

Crédit Photo : Les Simpsons

 

Pour les enfants (de plus de 6 mois) :

  • Irritabilité, fatigue excessive, pleurs inconsolables
  • Symptômes cutanés, rash (pleins de petits boutons sur le corps)
  • Fièvre persistante (plus de 3 jours)
  • Douleur à l’oreille ou écoulement
  • Toux étouffée, sifflante, persistante (plusieurs jours), avec vomissement ou en «chant du coq» (j’ai essayé de vous trouver une vidéo youtube intéressante, mais je n’ai pas obtenu de grands résultats…)
  • Difficultés respiratoires, essoufflement
  • Perte d’appétit importante
  • Diarrhées et vomissements

 

Pour les adultes :

  • Difficultés respiratoires
  • Douleur à la poitrine
  • Histoire de MPOC ou asthme
  • Fièvre >38,5 °C depuis plus d’une journée
  • Mal de gorge important (qui nuit à l’alimentation, par exemple)
  • Toux depuis plus de 3 semaines
  • Congestion nasale persistante et épaisse (beurkk!)
  • Maux de tête importants
  • Douleur au cou

 

En général :

  • Sécrétions nasales colorées et persistantes
  • Douleur au visage et aux dents
  • Symptômes sévères ou inhabituels
  • Détérioration de l’alimentation ou déshydratation

En cas de doute, un petit appel à la pharmacie pourra vous donner l’heure juste!

 

Congestion

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Crédit Photo : Emma Darvick

Le symptôme que je déteste LE PLUS. Respirer par la bouche à en faire craquer ses lèvres, passer 2 boîtes de mouchoirs par jour, quoi de pire?

Ma première recommandation est simple : L’eau saline! Elle permet d’éviter que le mucus colle aux parois nasales et peut même prévenir la sinusite. Gros gros plus : Sans danger et est conseillée pour TOUT LE MONDE (en s’assurant de recourir à un produit prévu pour le groupe d’âge en question. Suffit de consulter l’étiquette). Il existe de nombreux produits, autant de marques connues que de marques maison. La question à se poser une fois devant l’étalage est à quel point on est «willing» de se «pitcher» de l’eau saline dans les narines. Ça vous orientera sur le choix entre un produit qui «dépose» une légère bruine et ceux qui permettent de passer tous les sinus au grand complet à coup de 240 ml.

Mais l’eau saline, ça a ses limites et si cet essai n’est pas fructueux, on peut se tourner vers : LES DÉCONGESTIONNANTS!!!

Premièrement, il y a les décongestionnants topiques. Ceux-ci agissent directement au niveau du nez, tout comme leurs effets indésirables (principalement de la sécheresse nasale). Ils sont disponibles en vaporisateur nasal (d’ailleurs, attention aux ingrédients lorsqu’on recherche un vaporisateur nasal d’eau saline seulement!) ou en gouttes. Cependant, on ne les aime pas trop, car ils peuvent faire ce qu’on appelle de la congestion rebond après seulement 3 jours d’utilisation! Le nez devient habitué au produit et panique lorsqu’on lui enlève, ramenant la congestion aussitôt, même si l’épisode de rhume est terminé. La règle d’or est donc : 3 jours MAXIMUM. Les produits disponibles sont la xylométhazoline, l’oxyméthazoline et la phényléphrine.

Deuxièmement, il y a les décongestionnants oraux. Le principal produit disponible est la pseudoéphédrine. Comme il s’agit d’un produit qui agit à grande échelle dans le corps, bien que souvent plus efficace que les produits topiques, il a aussi plus d’effets secondaires et de contre-indications. On notera, par exemple, de l’insomnie et une augmentation des battements du cœur et de la tension artérielle. Classiquement, c’est surtout son effet stimulant qui surviendra et on peut trouver cela intéressant lorsque nous avons une grosse journée devant nous. Cependant, on peut deviner qu’il n’est pas recommandé d’emblée pour les personnes souffrant d’hypertension et de maladies cardiaques. À ces recommandations s’ajoutent le glaucome à angle fermé, la rétention urinaire, l’hypertrophie bénigne de la prostate, l’hyperthyroïdie et le diabète. Il ne s’agit pas de contre-indications formelles et fermes, mais une évaluation de l’état de santé est nécessaire avant de pouvoir recommander le produit.

Quand on tombe chez les enfants, on recommandera en premier lieu l’eau saline et le mouche-bébé. Il est possible d’avoir recours aux décongestionnants topiques et systémiques chez les enfants de plus de 6 ans, mais avec prudence. L’ajustement en fonction du poids et le respect des posologies seront alors très importants.

 

Toux

La toux peut être causée par BEAUCOUP de choses. C’est pour cela qu’au bout de 3 semaines sans amélioration, on vous envoie consulter, car ça commence à être louche pour un simple rhume.

Certaines personnes ne tousseront JAMAIS lorsqu’elles ont un rhume. Pour d’autres, ce sera leur principal symptôme. Le gros problème avec la toux, c’est qu’elle est presque autant dérangeante pour la personne qui la subit que pour celle qui l’entend!

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Crédit Photo : Les Simpsons

Peu importe le type de toux, le fait de boire beaucoup d’eau, de sucer des bonbons ou des pastilles (attention aux types de pastilles), d’ajuster le taux d’humidité, d’utiliser des solutions salines ou de prendre des liquides chauds peut aider. Mais ça peut être insuffisant, surtout lorsque la toux nuit au sommeil ou à la concentration des voisins d’examen!

En premier lieu, on va parler de toux SÈCHE. C’est-à-dire celle qui ne mène à rien. Pas de sécrétions à recracher et la gorge qui vire en lames de rasoir.

Ma première recommandation, à moins de souffrir de diabète, a longtemps été une «cuillerée» de miel. Récemment, un nouveau produit à base de feuilles de lierre semble avoir fait son apparition sur nos tablettes et les données des études sont plutôt intéressantes (études sur les feuilles de lierre, et non sur le produit spécifique, et principalement pour les cas de bronchite), déclassant ma pauvre «cuillérée» de miel! Bien que ses preuves soient encore à faire, son innocuité (ça interagit avec rien et c’est «safe» pour les adultes comme les enfants de plus de 1 an, pour un maximum de 7 jours) est rassurante et ça vaut la peine de l’essayer. Petite note : il n’y a pas encore de données chez les femmes enceintes et qui allaitent, il est donc à éviter chez cette population.

Autre produit : le dextrométhorphane (DM de son petit nom) qui est l’un des principaux antitussifs qu’on retrouve sous les néons parfois violents de l’allée d’une pharmacie. Son mécanisme d’action est assez simple. Il dit à votre cerveau : «Eille, ça t’en prend plus que ça pour tousser!». C’est pourquoi on dit qu’il élève le seuil de la toux. Il aurait des effets semblables à ceux du sirop de codéine, (dont je ne parlerai pas, car c’est sous surveillance du pharmacien derrière son comptoir) mais sans la somnolence, le risque de constipation, d’étourdissement et avec un risque beaucoup moindre d’abus. Cependant, ça interagit avec un PAQUET D’AFFAIRES. Alors, si vous prenez des médicaments, questionnez votre pharmacien avant utilisation, ça sera plus facile que de vous énumérer la liste des interactions. En plus, c’est pas parce qu’il y a une «contre-indication», qu’elle est ferme et non discutable.

Finalement, il y a aussi le chlophénianol. Celui-ci est disponible derrière le comptoir du pharmacien, mais reste en vente libre. Lui aussi parle directement au cerveau, mais y va plus direct : «Tu ne tousseras point!». Très efficace, son début d’action est cependant un peu plus lent. Il ne présente aucune interaction et pratiquement pas d’effets secondaires, ce qui en fait un choix très intéressant. Mais alors, pourquoi tout le monde ne prend pas ça?! À environ 20$, ça se comprend…

Quand on tombe chez les enfants, le miel et le sirop de feuille de lierre sont de très bon choix (les deux à partir d’un an). Des premiers choix, tout juste après les mesures non pharmacologiques de base. Le DM pourrait être utilisé chez l’enfant de plus de 6 ans, mais encore une fois, avec prudence et en ajustant en fonction du poids.

En second lieu, on va parler de toux GRASSE. Le genre de toux désagréable dont on sent les sécrétions remonter dans la gorge quand on tousse. Naturellement, il faut alors éviter les antitussifs. On VEUT tousser, pour bien déloger les sécrétions. Pour aider à diluer et liquéfier lesdites sécrétions, il est possible d’avoir recourt à la guaïfénésine, autant chez l’adulte que chez l’enfant de plus de 6 ans. L’efficacité du produit reste mitigée et souvent, l’idée de prendre du sirop aide plus que le produit lui-même. Cependant sans interaction, il n’y a pas de recommandations pour ni contre.

 

Mal de gorge

Et mon dernier symptôme, mais non le moindre! Et comme les autres, il peut être très désagréable, surtout quand vient le temps d’essayer de s’alimenter.

Pour le mal de gorge, on en revient encore au fait de boire beaucoup d’eau.

Une bonne solution pour aider à traverser la douleur est le gargarisme maison de sel (eau + sel de table) ou encore les tisanes à base de citron et de miel, qu’il s’agisse d’une tisane maison ou commerciale. Il faut faire attention pour les tisanes commerciales, si elles affichent la mention «rhume & grippe», il faut surveiller si elle contient des agents médicamenteux!

Sinon, les fameuses pastilles. Apogée du marketing du rhume, vous en trouverez de toutes les sortes! Mon seul conseil : Vérifier les ingrédients. Certaines contiendront un anesthésiant, ce qui peut être intéressant pour la douleur, mais prenez garde au risque d’étouffement si vous buvez ou vous alimentez dans l’heure ou deux qui suivent. D’autres formulations contiennent un paquet de plantes médicinales, mais attention, car certaines d’entre elles entrent en interaction avec des médicaments prescrits couramment. De plus, en fonction des produits qu’elles contiennent, les pastilles peuvent être irritantes pour la gorge à la longue, donc 4-5 par jour maximum est une règle à respecter pour s’éviter bien des tracas. Des bonbons sans sucre permettent d’augmenter la salivation, procurant un effet apaisant, sans le côté irritant. Ils représentent donc un très bon choix!

Pour finir, si la douleur est importante et non soulagée par tout ce qui est énoncé plus haut, le meilleur analgésique en vente libre reste l’ibuprofène. Attention cependant, certaines maladies et médicaments en empêchent l’usage. L’acétaminophène devient alors le bon choix.

 

Les dosages

«Mais Meggan, tu n’as donné aucune posologie!». Comme n’importe quoi dans la vie, les produits pharmaceutiques pour le rhume n’échappent pas au marketing. Alors, des produits, il y en a des TAS. Qui reviennent plus ou moins au même… Les recommandations sur l’emballage restent les plus fiables. Moi-même, lors de conseils en pharmacie, je vais lire l’étiquette au patient! Celles-ci vous permettent aussi de détecter si un professionnel de la santé serait nécessaire selon votre condition. Ils mettent généralement plus de mises en garde que nécessaire, mais personnellement, j’aime ça de même. Je me permets aussi ici d’aborder la question des produits «tout-en-un», qui sont encore une fois un beau coup de marketing. Ces produits ne sont pas à diaboliser à tout prix. Cependant, lorsque vient le temps de choisir un produit, allez-y avec celui qui couvre seulement les symptômes que vous avez, mais sans plus. Quand vous magasinez une assurance habitation, prenez-vous celle pour la voiture en plus, même si vous n’en possédez pas? Le concept est le même!

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Crédit Photo : Les Simpsons

Je vous transmets un dernier petit truc : Faites attention aux doses d’acétaminophène (Tylenol©) et d’ibuprofène (Motrin©, Advil©) que contiennent les nombreux produits pour le rhume disponibles. Pour la survie de votre foie et de vos reins, et par la bande, pour votre survie tout court, il ne faut pas dépasser :

  • 4000 mg d’acétaminophène par jour
  • 1200 mg d’ibuprofène par jour

 

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Crédit Photo : The Looney Tunes

Meggan Bergeron, Pharmacienne

 

Crédit photo couverture : http://www.acupression.fr

Sources

  • Rx Vigilance, Vigilance Santé, Octobre 2017. Consulté le 6 novembre 2017.
  • ‘’Le dextrométhorphane et la toux sèche’’ 1ere 2e et 3e parties, Chantal Morissette, L’actualité pharmaceutique, février 2010, mars 2010 et juin-juillet 2010.
  • Rhinopharyngite, rhinopharyngite.com. Consulté le 6 novembre 2017.
  • Dynamed, EBSCO Industries. Consulté le 6 Novembre 2017.
  • Fazio SPouso JDolinsky DFernandez AHernandez MClavier GHecker M, Tolerance, safety and efficacy of Hedera helix extract in inflammatory bronchial diseases under clinical practice conditions: a prospective, open, multicentre postmarketing study in 9657 patients, PubMed, Janvier 2009, PMID: 16880549
  • Kemmerich BEberhardt RStammer H, Efficacy and tolerability of a fluid extract combination of thyme herb and ivy leaves and matched placebo in adults suffering from acute bronchitis with productive cough. A prospective, double-blind, placebo-controlled clinical trial. PubMed, 2006, PMID : 17063641
  • Stauss-Grabo MAtiye SWarnke AWedemeyer RSDonath FBlume HH, Observational study on the tolerability and safety of film-coated tablets containing ivy extract (Prospan® Cough Tablets) in the treatment of colds accompanied by coughing, PubMed, Avril 2011, PMID : 21211950
  • Schmidt MThomsen MSchmidt U, Suitability of ivy extract for the treatment of paediatric cough, PubMed, Décembre 2012, PMID : 22532491
  • Santé Canada rappelle aux parents de ne pas donner de médicaments contre la toux et le rhume aux enfants de moins de 6 ans, Santé Canada, 24 mars 2016, disponible via http://canadiensensante.gc.ca/recall-alert-rappel-avis/hc-sc/2016/57622a-fra.php
  • Le Guide Pratique de l’Automédication, 3ième édition, 2012.

 

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