Une petite ou une grosse molle?

Le 21 juin dernier, c’était le solstice d’été et le jour le plus long de l’année. À Québec, on pouvait compter sur 15 heures 52 minutes et 16 secondes d’ensoleillement. Cette journée était pour nous tous l’aboutissement d’un long périple, après un hiver rude, enneigé et un printemps très pluvieux. Enfin, on voyait poindre à l’horizon les vacances estivales, les soupers sur le grill, les soirées entre amis autour d’un feu, les spectacles en plein air au Festival d’été et les crèmes glacées molles enrobées de chocolat.

Si vous lisez actuellement cet article, c’est que j’ai assurément réussi à piquer votre curiosité… Vous vous demandez sans doute où je veux en venir avec mon image de crème glacée et le titre assez particulier de mon texte, n’est-ce pas?

Comme vous le savez sans doute déjà, je travaille pour le service de prévention et contrôle des infections (PCI) du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Notre équipe est composée de 24 personnes desservant un territoire allant de Charlevoix à Portneuf. Dans notre bureau, à Québec, nous sommes 18 infirmières qui travaillent dans un espace commun à aire ouverte, séparées uniquement par des cubicules. Une belle gang de «fefilles» bavardes, drôles, dynamiques, mais surtout dévouées à leur profession. Quel courage ça prend pour un homme de choisir de travailler avec nous… Ouf! Ça doit pas toujours être facile hein François?

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Crédit : gifsoup.com

Imaginez-vous entrer dans notre environnement et écouter les conversations que les «CSI» ont entre elles ou avec les infirmières des différentes unités de soins. Ah oui! Je dois vous préciser que le terme «CSI» est un diminutif que j’utilise pour définir notre titre d’emploi de conseillère en soins infirmiers. Il se prononce à l’américaine, car ça nous donne ainsi le sentiment de faire parti de la célèbre série policière américaine «Crime Scene Investigation».

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Crédit : http://images.wookmark.com

De plus, nous effectuons régulièrement des enquêtes. Ceci fait en sorte que nous nous sentons un peu comme les policières des virus, les enquêteuses des bactéries ou les inspectrices des bonnes pratiques en prévention des infections.  Nos enquêtes à nous, plutôt qu’être des enquêtes policières, sont plutôt des enquêtes épidémiologiques. Celles-ci nous permettent d’arrêter des virus indésirables entrés par infraction, de capturer des bactéries recherchées pour gangstérismes ou de condamner des éclosions pour méfait public.

Alors, fermez les yeux et imaginez-vous un instant dans notre local. Écoutez attentivement les conversations téléphoniques des «CSI» entremêlées de bruits provenant du télécopieur, des différentes sonneries des téléphones/cellulaires, du bingo des résidents de l’Hôpital Général ou de la messe provenant de la chapelle des Augustines. Si vous êtes attentifs, vous réussirez sûrement à entendre des propos qui pourraient assurément vous laisser perplexes ou vous faire croire que vous vous trouvez dans un bar laitier plutôt que dans un bureau où des infirmières sont au travail.

«Depuis quand fait-il des molles?…»

«S’agit-il de molles ou de liquides?…»

«Combien de molles par jour?…»

Pour une «CSI» travaillant en PCI, l’image, les phrases énoncées précédemment font référence à l’évaluation de situations cliniques d’usagers qui présentent un épisode suspecté ou confirmé de gastro-entérite. Cette introduction rigolote a pour but de démystifier la gastro-entérite et de vous expliquer les rôles et responsabilités des infirmières de même que leur contribution essentielle dans l’évaluation clinique des usagers présentant des signes et symptômes s’apparentant à un épisode de gastro-entérite.

Qu’est-ce que la gastro-entérite?

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Crédit : https://www.thesun.co.uk

La gastro-entérite est une inflammation de la paroi de l’estomac et de l’intestin qui provoque de la diarrhée et des vomissements. Elle peut être causée par un virus, une bactérie ou un parasite. Le Norovirus est le virus qui est le plus souvent mis en cause chez les adultes tandis que le rotavirus affecte plutôt les enfants.

La période d’incubation du Norovirus est de 24 à 48 heures. L’excrétion virale dans les selles débute quelques heures avant l’apparition des signes et symptômes et est maximale durant les premières 48 heures de la maladie.

Selon l’INSPQ (2005), le tableau clinique des gastro-entérites à Norovirus comprend habituellement les signes et symptômes suivants :

  • Nausées et vomissements
  • Diarrhée
  • Douleurs ou crampes abdominales
  • Myalgies, céphalées, malaises et une fièvre peu élevée

La transmission de la gastro-entérite s’effectue selon les modes de transmission suivants:

  • Contact direct avec une personne infectée, par exemple, en lui serrant la main (si ses mains sont contaminées par des microbes contenus dans les selles.)
  • Contact indirect avec des personnes ou des objets contaminés:
    • en touchant des surfaces ou des objets qui ont été touchés ou manipulés par une personne infectée (ex. : poignées de porte, ustensiles);
    • en touchant des surfaces ou des objets contaminés par des selles ou des vomissements;
    • en mangeant des aliments qui ont été contaminés par les manipulations d’une personne infectée.
  • Gouttelettes qui sont projetées dans l’air par les vomissements d’une personne et qui sont ensuite respirées par une autre personne dans une distance de moins de 2 mètres.

Les symptômes de la gastro-entérite durent habituellement de 24 à 72 heures, mais le virus peut être présent dans les selles jusqu’à deux semaines après la fin des symptômes.

Comment identifier un cas de gastro-entérite?

En milieu de soins, lorsqu’un usager hébergé ou hospitalisé présente des signes et symptômes compatibles avec un épisode suspecté ou confirmé de gastro-entérite, l’infirmière doit évaluer la condition de l’usager et déterminer si elle instaurera, ou non, des mesures précautions additionnelles. Les précautions additionnelles sont un ensemble de mesures appliquées simultanément qui sont basées sur le mode de transmission des micro-organismes. Ces mesures doivent être mises en place le plus rapidement possible afin de briser la chaîne de transmission des infections et elles doivent demeurer en vigueur tant que le risque de transmission est présent.

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Crédit : https://www.keepcalm-o-matic.co.uk/

Selon les informations observées et recueillies lors de l’évaluation clinique, l’infirmière effectuera aussi différentes interventions pour soulager les signes et symptômes, tels que débuter les solutions de réhydratation. Elle pourra aussi faire une demande de consultation auprès d’un autre professionnel, par exemple, une nutritionniste pour ajuster la diète de l’usager.

De plus, si l’usager présente des signes et symptômes compatibles à la définition de cas, l’infirmière devra en faire la déclaration à la «CSI» en PCI afin qu’une surveillance puisse être instaurée.

La surveillance en PCI c’est quoi?

Depuis un peu plus d’une dizaine d’années, les CSI en PCI sont présentent dans les différents milieux de soins pour effectuer, entre autres, la surveillance des infections nosocomiales. L’objectif est de diminuer la transmission des infections pendant les épisodes de soins en plus d’assurer des soins sécuritaires et de qualité aux usagers fréquentant les établissements du réseau.

La surveillance est un processus de collecte et d’évaluation des données qui est réalisée de façon systématique et organisée.  Ce processus a comme objectif de fournir des données utiles pour la prise de décision et déceler les problématiques reliées à l’efficacité des mesures en PCI pour à apporter les ajustements nécessaires.

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Crédit : https://fr.123rf.com/

En période d’éclosion, les «CSI» évaluent quotidiennement, ou plus souvent si la situation l’exige, différents éléments comme le nombre d’usagers malades ou les signes et symptômes que présentent les usagers. C’est ainsi qu’elles peuvent fournir des recommandations appropriées qui permettront de contribuer à limiter ou enrayer la transmission de l’infection. Ces mesures concernent différents secteurs et peuvent inclurent, entre autres, les aspects suivants:

  • Travailleurs: respect des mesures de précautions additionnelles des usagers symptomatiques et procéder à l’hygiène des mains régulièrement;
  • Gestionnaires: ajouter du personnel de surplus pour prendre soin des usagers ou éviter le mouvement du personnel d’une unité en éclosion vers une autre unité;
  • Usagers: les usagers symptomatiques doivent demeurer à leur chambre et les usagers asymptomatiques doivent limiter leurs déplacements à l’extérieur de l’unité;
  • Arrêt temporaire des rassemblements de groupe: repas communs, activités de loisirs ou soins spirituels;
  • Rehaussement des mesures d’hygiène et salubrité en augmentant l’entretien ménager des surfaces et de l’environnement de façon plus fréquente.

Les éclosions de gastro-entérite épidémique d’origine indéterminée en milieu de soins font parti de la liste des maladies, infections et intoxications à déclaration obligatoires (MADO). Voilà pourquoi, les CSI en PCI doivent en faire la déclaration à la Direction de santé publique (DSPu) de leur région.  Les conseillères en PCI utilisent une définition standardisée pour déterminer si un usager symptomatique sera retenu ou non comme un «cas» et s’il sera calculé dans l’éclosion. Lorsque l’éclosion est terminée, un bilan est remis à la DSPu avec, entre autres, les informations suivantes: nombre de cas chez les usagers, cas hospitalisés ou décédés pendant l’éclosion ou virus identifié à l’aide d’un prélèvement de dépistage.

Quoi faire si mon proche souffre d’une gastro-entérite?

Des gestes simples peuvent vous permettre de diminuer les risques de contracter une gastro-entérite lorsque votre proche hospitalisé ou hébergé est malade, par exemple:

  • Reporter votre visite ou limiter les contacts directs avec la personne malade durant la période où celle-ci présente des signes et symptômes;
  • Laver vos mains régulièrement et particulièrement après avoir été en contact avec la personne malade;
  • Ne pas partager d’articles d’hygiène personnels comme une brosse à dents ou boire dans le même verre;
  • Consulter l’infirmière de l’unité pour savoir si vous devez porter un équipement de protection individuelle tel que blouse, gants et masque.

N’hésitez pas à poser des questions au personnel de l’équipe de soins ou communiquer avec Info-Santé pour obtenir des informations ou des conseils pour vous aider dans cette situation.

Ainsi, si on vous avise qu’une personne de votre entourage,  hospitalisée ou hébergée, souffre d’une gastro-entérite, si possible, reportez votre visite. Dirigez-vous sans tarder vers le bar laitier le plus près de chez vous et commandez une crème glacée molle en appréciant la chance que vous avez de ne pas être malade 😉

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Crédit : Giphy Forrest Gump

Isabelle Langlois, infirmière clinicienne aussi connue sous le nom de «Mme Bibitte»

Références:

Institut national de santé publique (2005). Mesures de contrôle et prévention des éclosions de cas de gastro-entérite infectieuse d’allure virale (Norovirus) à l’intention des établissements de soins.

INSPQ et Université de Montréal.  Groupe d’épidémiologie de terrain (GEPITER). Formation d’investigation d’éclosion dans la communauté et dans les milieux de soins.  Notes de cours MSO 6352: Concepts de base en épidémiologie de terrain. 2012

Institut national de santé publique (2014). Comité sur les infections nosocomiales du Québec.  Définition pour la surveillance des infections nosocomiales dans les milieux d’hébergement et de soins de longue durée.

MSSS. Plan d’action ministériel 2015-2020 sur la prévention et le contrôle des infections nosocomiales.  2015

Table régionale en prévention des infections nosocomiales (2012).  Guide de prévention et de contrôle des infections.  Pratiques de base et précautions additionnelles. 

Liens électroniques:

Agence de la santé publique du Canada. Rotavirus. Consulte en ligne le 12 juin 2017. http://www.phac-aspc.gc.ca/lab-bio/res/psds-ftss/rotavirus-fra.php

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Consulté en ligne le 21 avril 2017. http://www.oiiq.org/pratique-infirmiere/champ-dexercice-et-activites-reservees

Gouvernement du Québec. Portail santé et mieux être.  Consulté en ligne le 8 juin 2017. http://sante.gouv.qc.ca/problemes-de-sante/gastro-enterite/

MSSS, Liste des maladies, infections et intoxications à déclaration obligatoires (MADO). Consulté en ligne le 27 juin 2017. http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/preventioncontrole/03-268-05.pdf

Santé Montréal. Consulté en ligne le 8 juin 2017. https://www.santemontreal.qc.ca/population/sante-de-a-a-z/gastro-enterite-virale/

Crédit photo couverture : http://icecreams.unblog.fr

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