Le TDAH c’est pas comme le lapin de Pâques: ça existe! (partie 2 de 2)

 

Vous étiez impatients : je vous comprends, le sujet est fascinant! Voici un second billet sur le TDAH. Je vous invite à consulter la partie 1 si ce n’est pas déjà fait.

Je continuerai ici à répondre à certains commentaires d’internautes* suite à un article au sujet d’une étude portant sur le TDAH.

Mythe 3 : les médicaments pour le TDAH, c’est mal !

Pharmamédic impact cerveau

 

La médication de la classe des psychostimulant diminue les symptômes dans 70% des cas, et ce, sans effets secondaires importants1. Elle a pourtant mauvaise réputation. Qu’en est-il réellement ?

Pourquoi donner une médication ?

Le TDAH vient avec des difficultés de fonctionnement majeures: la médication vise à réduire les symptômes et aider la personne à se développer à son plein potentiel. Le médicament le plus connu est le Ritalin ®, mais il est maintenant peu prescrit : son action courte demande plusieurs prises dans la journée. On préfère maintenant des médicaments à action prolongée (ex. Concerta®, Biphentin ® ) dont la prise quotidienne est plus simple et cause moins d’effets désagréables.

 
Comment ça marche? Le TDAH  touche le cerveau et implique notamment les neurotransmetteurs noradrénaline et dopamine (voir article sur les antipsychotiques pour plus de détails sur les neurotransmetteurs). Chez une personne sans TDAH, la dopamine aide à susciter et maintenir l’intérêt sur une tâche, par exemple, dopaminelire cet article. La noradrénaline aide à filtrer les stimulus non pertinents (ex. le dessin animé à droite du texte!) et à faciliter le passage d’une tâche à l’autre (ex. répondre au texto que ton amie vient de t’envoyer, puis reprendre le fil de ta lecture en rappelant ce que tu lisais). Des anomalies impliquant la noradrénaline et la dopamine provoquent les symptômes du TDAH : inattention, impulsivité/ hyperactivité. Suivant cet exemple, la personne atteinte sera distraite par le dessin animé  et aura de la difficulté à naviguer entre son téléphone et ce texte. Elle sera, au final, incapable de terminer la lecture ou résumer ce qu’elle a lu. Ainsi, la médication vise à rétablir le niveau de noradrénaline et de dopamine dans le cerveau pour permettre, par exemple, de lire cet article au complet et en faire un résumé à ton amie!1

C’est un exemple simpliste qui ne couvre pas l’ensemble des symptômes. L’idée est d’illustrer que ce ne sont pas des symptômes inventés par « Big Pharma »! En résumé, la médication aide la personne à surmonter les difficultés liées au TDAH, en rééquilibrant des substances chimiques du cerveau !

 

Si je dis non à la médication, qu’est-ce qui va arriver ?

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Les difficultés causées par le TDAH diminuent l’estime et peuvent causer des symptômes dépressifs

Ne pas traiter le TDAH, c’est risquer d’avoir plusieurs difficultés à long terme au plan scolaire, social, familial et professionnel3.

La vie de l’enfant est touchée dans plusieurs domaines. À la maison, il est plus susceptible d’être puni par les parents, ce qui augmente la fréquence des conflits familiaux. À l’école, il a de moins bons résultats que ce qui est normalement attendu pour son âge et son potentiel4. Dans les loisirs, l’enfant aura de la difficulté à se faire et à conserver des amis. Il peut être victime de rejet5. Plusieurs disent se sentir inférieurs aux autres et ont une mauvaise estime d’eux-mêmes. Cela peut mener à des symptômes anxieux ou dépressifs4.

Les problèmes continuent à l’adolescence : délinquance, échecs scolaires, suspensions/ exclusion, décrochage, abus de stimulants légaux (caféine, nicotine, boissons énergisantes) ou de substances illicites (cocaïne, cannabis), prise de risque (sports, sexualité, dépenses) et grossesses non planifiées sont des exemples conséquences possibles d’un TDAH non traité1,4.

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Les adultes ayant un TDAH non traité ou mal traité ont plus d’accident de voiture que la population générale

Les symptômes persistent chez environ 50% des adultes ayant eu un diagnostic dans l’enfance. On voit plus de risque d’accident de voiture à cause d’une conduite rapide, imprudente ou inattentive. L’impulsivité dans les dépenses peut mener à des problèmes financiers. On remarque un faible rendement professionnel des changements fréquents d’emploi et même des mises à pied. Des conflits familiaux et interpersonnels sont plus fréquents. On voit également plus de problèmes avec la justice1,4.

En résumé, avec toutes les difficultés associées au TDAH, c’est beaucoup plus dangereux de ne pas donner une médication, que d’en donner ! Il est reconnu que la médication donnée au moment opportun diminue le risque de problèmes associés au TDAH à l’adolescence et à l’âge adulte4.

 

Alors, ça vient d’où cette pensée que la médication est dommageable ?

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On dit parfois que la médication « gèle » ou est dommageable. Les effets secondaires sont, la plupart du temps, bénins et passagers.

Il n’existe aucune preuve scientifique des effets négatifs à long terme des médicaments pour le TDAH. Comme n’importe quel médicament, le traitement pour le TDAH comporte certains effets indésirables bénins (nausées, maux de tête, diminution de l’appétit) qui disparaissent habituellement avec le temps.

Il y a environ 30% des personnes qui répondent mal à la médication, par exemple en devenant amorphes ou en ayant une grande perte de poids. Par chance, il existe maintenant plusieurs molécules différentes pour traiter le TDAH. Il faut donc discuter avec le médecin pour modifier la dose ou carrément le médicament, pour que les effets positifs soient plus importants que les effets négatifs1.

 

Est-ce qu’il y a autre chose à faire que donner de la médication ?

Bien sûr! Il est d’ailleurs recommandé de débuter par des interventions non médicamenteuses. Si on ne voit pas suffisamment d’amélioration et que la médication devient nécessaire, il est essentiel de la combiner à d’autres interventions1.

Sans titre
L’utilisation d’une routine visuelle aide l’enfant à s’organiser (et le parent à avoir moins de vaisselle oubliée sur le comptoir à ramasser!)

D’abord, il faut que la famille soit informée de ce qu’est le TDAH: s’adapter à cette condition, c’est un travail d’équipe! Ensuite, selon les symptômes prédominants, il faut organiser le quotidien et l’environnement pour faciliter la vie de la personne atteinte. Par exemple, afficher une routine ou une liste de chose à apporter peut aider la personne à mettre dans son sac tout ce dont elle a besoin pour sa journée, question que maman ne soit pas prise pour aller, encore une fois, porter le lunch et le fameux devoir à remettre de son enfant à l’école. Aménager l’espace de travail avec le moins de distraction possible est également avantageux pour faciliter la concentration4. Ainsi,  il faudra peut-être changer Cléo le poisson rouge de place s’il est sur le bureau de l’enfant, puisqu’il risque de capter beaucoup plus son attention que les mots de vocabulaires à apprendre. Comme dans beaucoup de problèmes de santé, il est bénéfique d’avoir un sommeil régulier et une alimentation équilibrée1. Aussi, de plus en plus d’études soutiennent que l’activité physique a un effet bénéfique sur les fonctions cognitives, par exemple l’attention, et les comportements dérangeants chez les personnes atteintes du TDAH4.

Je vous invite fortement à consulter le site de Dre Annick Vincent, qui suggère plusieurs outils pertinents pour faciliter la vie des gens atteints du TDAH

 

 

Mythe 4 : C’est un diagnostic pratique pour les médecins à bout et les enseignants paresseux

médecins incapablesProfs paresseux

C’est un peu troublant de voir l’opinion négative et catégorique de certaines personnes au sujet du corps médical et des enseignants. Est-il réaliste de penser que tous les profs dorment au gaz et que tous les médecins sont incapables ? Quand même !

La majorité des médecins et des enseignants sont de bonne foi et ont à cœur le bien-être des enfants. Les parents qui consultent avec un enfant chez qui on soupçonne un TDAH vivent de la détresse: ils réalisent que leur jeune n’évolue pas normalement et a de la difficulté à fonctionner. C’est pour eux une source de stress et une grande souffrance. Souvent, ils se croient incompétents comme parent1.  L’objectif de donner un diagnostic n’est pas d’étiqueter le jeune, le médicamenter et le ranger dans un coin de la classe pour ne plus qu’il dérange, mais bien d’offrir un traitement pour l’aider à mieux fonctionner et se développer à son plein potentiel. Nous ne sommes pas à l’abri d’un « faux diagnostic », c’est-à-dire que le médecin conclut à tort que la personne a un TDAH alors que les difficultés ont une autre origine. Cependant, il serait aberrant d’associer cette erreur à de la paresse ou de l’incompétence.

Au Québec, il n’y a pas d’étude qui permet de dénombrer les « faux diagnostics » de TDAH, mais on sait qu’il y en a malgré la bonne volonté des professionnels. Le TDAH est aussi une préoccupation gouvernementale : en 2000, le gouvernement du Québec6 a publié un plan d’action visant à soutenir les enseignants, médecins et parents afin d’identifier correctement la présence d’un TDAH et de le traiter efficacement. Depuis, on a vu plusieurs initiatives visant à améliorer les processus de diagnostic et de traitement et éviter les « faux diagnostics ». Actuellement, il est recommandé de faire l’évaluation du TDAH , de façon rigoureuse à l’aide d’outils reconnus, de façon conjointe avec les parents, le jeune et les enseignants9. Des améliorations sont toujours nécessaires et les services comportent tous un brin d’imperfection: temps restreint, délais d’attente… Conséquemment, si parfois le diagnostic n’est pas fait selon les règles de l’art, on devrait d’abord se questionner sur le fonctionnement et l’accessibilité au système de santé, plutôt que de mettre le blâme sur les professionnels.

Pour plus d’information sur les bonnes pratiques en lien avec le diagnostic de TDAH: Lignes directrices canadiennes sur le TDAH

Il est également abusif de mettre le tort sur les enseignants qui doivent composer avec des classes contenant de plus en plus d’élèves, dont plusieurs vivent avec différents problèmes qui amènent des besoins spéciaux (ex. orthopédagogie, orthophonie, ergothérapie), tout en ayant de moins en moins accès à ces ressource. C’est comme demander de monter un meuble IKEA sans tournevis et sans instructions. Il serait plus juste de questionner la qualité des ressources offertes aux enseignants pour effectuer leur travail, plutôt que de porter le blâme sur les enseignants eux-mêmes. Mais ça, c’est un autre débat…

 

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L’enseignement comporte de plus en plus de défis!

 

En guise de conclusion, je tiens à te dire que toi, cher ami qui lit ce texte, tu as un rôle à jouer dans le bien être des personnes atteintes! Le TDAH demande beaucoup d’adaptation, mais le travail ne repose pas uniquement sur les personnes touchées. Effectivement, quand la population nie l’existence de la maladie, cela empire les difficultés déjà inhérentes au TDAH5. Tu sais maintenant que ça existe : répands la nouvelle ! En passant, les adultes atteints de TDAH pensent différemment lors de la résolution de problème. Ils trouvent des solutions plus créatives et novatrices que la population générale7,8. Donc si ton camarade de classe vit avec un TDAH, prends le dans ton équipe, sa différence est aussi sa force!

 

Andrée-Anne Choquette, inf M.Sc.

 

 

Références

*Tous les commentaires sont des vraies réactions à l’article publié par La Presse.

https://www.facebook.com/LaPresseFB/posts/10155733165923312

  1. Gignac, M. Morissette, L. & Vincent, A. (2016). Déficit de l’attention avec/sans hyperactivité, comportements perturbateurs et tics. IN P. Lalonde, G.F. Pinard & coll. Psychiatrie clinique. Approche bio-psycho-sociale. P. 1302-1310.
  1. Dubé, R. (1992). Hyperactivité et déficit d’attention chez l’enfant. Boucherville : Gaëtan Morin.
  2. Klein, R.G. & al (2012). Clinical and functional outcome of childhood attention-deficit/hyperactivity disorder 33 years later. Archives of General Psychiatry, (69)12, 1295,1303.
  3. Barkley, R.A. (2015). Attention-Deficit Hyperactivity Disorder. A handbook for diagnose & treatment. (4e éd.) New York: The Guilford Press.
  4. Verret, C., Massé, L. & Picher, M.-J. (2016). Habiletés et difficultés sociales des enfants ayant un TDAH: état des connaissances et perspectives d’intervention. Neuropsychiatroe de l’enfance et de l’adolescence, 64, 445-454.
  1. Gouvernement du Québec (2000). TDAH. Agir ensemble pour mieux soutenir nos jeunes. Plan d’action. Ministère de la santé et des services sociaux et Ministère de l’éducation. Document téléaccessible à l’adresse <http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/dpse/educ_adulte_action_comm/hyperplan.pdf> Consulté le 16 avril 2017.
  2. White, H. A. & Shawn, P. (2006). Unhibited imagination: Creativity in adults with attention-deficit/hyperactivity disorder. Personality and Individual Differences, 40(6), 1121-1131.
  3. White, H. A. & Shawn, P. (2011). Creative style and achievement in adults with attention-deficit/hyperactivity disorder. Personality and Individual Differences,50(5) 673-677
  4. Canadian ADHD ressource alliance (CADDRA) (2010). Lignes directrices canadiennes sur le TDAH, 3e édition. Document téléaccessible à l’adresse :<http://www.caddra.ca/pdfs/fr_caddraGuidelines2011.pdf&gt;. Consulté le 3 mars 2017
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Publié par

Andrée-Anne a terminé ses études mais n'a pas quitté l'école. Elle s'y sent tellement bien après 10 ans d'études universitaire qu'elle a décidé d'y faire carrière. Enseignant principalement dans les domaines de la santé mentale et l'approche familiale, elle ne se lasse jamais d'en parler, si bien qu'elle a décidé de se joindre à l'équipe du blogue pour pouvoir en parler encore plus. Conséquemment, ses textes porteront évidemment sur la santé mentale ainsi que différents enjeux sociaux associés, ses sujets préférés. Coquette et fière, elle aime bien se filmer dans sa cuisine pour vous vulgariser les différentes caractéristiques des troubles mentaux de façon ludique et imagée. Ne pensez pas qu'elle n'est qu'une geek qui a passé toute sa vie à chercher dans des banques de données! Non non! Parallèlement à ses études elle a travaillé dans plusieurs endroits passionnants. Elle a débuté sa carrière en détention, avant d'oeuvrer dans un centre de réadaptation en dépendance pour finalement poursuivre son travail dans la rue. Elle a hâte de vous en parler.

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