Expliquer la chlamydia avec Harry Potter

Après une soirée bien arrosée au Trois Balais, tu as laissé un inconnu te caresser la Baguette de Sureau?
Ton match Tinder a visité ta Chambre des Secrets?
Avant de t’amuser, tu as oublié de lancer le sortilège de protection Durex Latex?
Ton ex-fréquentation, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, t’a donné une chlamydia?

Crédit : Harry Potter à l’école de sorciers

O.M.G. La chlamydia. L’affaire pas propre que tu attrapes seulement si tu couches à droite et à gauche, pas vrai? En fait, pas vraiment. C’est un peu plus compliqué que ça la chlamydia et c’est justement ce genre de préjugé qui peut rendre certaines personnes hésitantes à aller consulter. Démystifions un peu tout ça.

Pour commencer, c’est quoi la chlam’?
La chlamydia est une infection transmissible sexuellement, je vous apprends rien jusqu’ici. Elle est causée par la bactérie Chlamydia trachomatis et elle est l’ITSS la plus répandue au Québec.

En 2014, 23 198 cas de chlamydia ont été diagnostiqués, dont 64% étaient chez des femmes. La population la plus à risque, tant pour les hommes que les femmes, inclut les personnes âgées de 15 à 24 ans avec une incidence de 59% et 71%. Entre 2010 et 2014, le nombre de cas déclaré a été en constante augmentation, particulièrement chez les hommes. Une preuve définitive que les gens sont moins prudents? Peut-être pas. Pour cette même période, on constate une augmentation du nombre de tests de dépistage faits. Par contre, il ne faut pas exclure la possibilité qu’il y ait bel et bien une augmentation du taux d’incidence. Pourquoi alors? Difficile à dire. Est-ce l’hypersexualisation? Peut-on blâmer l’internet et la facilité d’accès à la pornographie? Est-ce parce que la sexualité est un sujet moins tabou ou est-ce l’arrêt des cours de sexualité dans les écoles secondaires? Il serait intéressant de se pencher sur la question. D’ailleurs, qui enseigne la sexualité à Poudlard? Je m’imagine mal le professeur McGonagall ou le professeur Rogue me parler de condom et de gonorrhée. Mystère.

Crédit : Harry Potter et la coupe de feu

Comment se transmet la chlamydia?
Tous les moyens sont bons pour transmettre ou contracter une chlamydia.

  • Relation vaginale
  • Donner ou recevoir une relation anale
  • Donner ou recevoir une relation orale
  • Frottement des organes génitaux
  • Partage de jouets sexuels

Comme je vous le disais, tous les moyens sont bons… En fait, pas vraiment. Embrasser quelqu’un ou s’asseoir sur un banc de toilette public ne te donnera pas une chlamydia.

Certains comportements sont cependant plus à risque que d’autres. Ainsi, le frottement des organes génitaux et la relation orale non protégée représentent un risque faible, la relation vaginale et anale non protégée et le partage d’objets sexuels représentent un risque élevé, alors que la relation orale, vaginale et anale protégée représentent un risque négligeable, du moins, du moment que le condom est bien utilisé. C’est un peu comme quand Harry sort dans les corridors la nuit. S’il sort sans protection (sa cape d’invisibilité) il risque bien plus de se faire prendre que s’il sortait avec sa cape.

P.S. : l’absence d’éjaculation ou d’orgasme n’influence en rien le risque de transmission.

Crédit : Harry Potter à l’école des sorciers

Quel genre de symptômes on peut avoir?
S’il y a bien une chose qui caractérise la chlamydia et la plupart des autres ITSS, c’est qu’il s’agit d’infections asymptomatiques. De quossé? Ça signifie qu’elle ne présente aucun symptôme. C’est comme si la chlamydia avait une cape d’invisibilité. Il est donc fort possible de contracter une chlamydia, et n’avoir aucun symptôme. Il est donc légitime de se dire, si je n’ai pas de symptômes, pas de danger de transmettre la maladie. Ehhh, malheureusement, ça serait trop beau pour être vrai. Avec ou sans symptômes, il est possible de transmettre la chlamydia. Oui, vous avez le droit de vous dire : «Eh merde»!  Selon la CDC (Centre for Disease Control and Prevention), on estime que seulement 10% des hommes développent des symptômes, alors qu’entre 5 à 30% des femmes en développent.

Par contre, si présence de symptômes il y a, ils apparaitront en moyenne deux à trois semaines suite à l’infection, mais peuvent prendre jusqu’à 6 semaines. À quoi s’attendre comme symptômes? (À noter que tous les symptômes peuvent ne pas être présents).

Chez les hommes, au niveau…

Du pénis (urètre):

  • inflammation
  • écoulement blanchâtre ou clair
  • démangeaison
  • douleur en urinant

De l’anus :

  • douleur et sensation de brûlure
  • écoulement anormal
  • démangeaison

Oral

  • Symptôme de pharyngite généralement transitoire

Chez les femmes, au niveau…

Génital (urètre et col de l’utérus)

  • inflammation du col
  • pertes vaginales
  • saignement anormal
  • saignement anormal après les relations sexuelles
  • douleur en urinant
  • douleur au bas ventre

De l’anus

  • identique à l’homme

Oral

  • identique à l’homme

Est-ce possible d’avoir des complications même s’il n’y a pas de symptômes?
Hélas, oui. Même en l’absence de symptômes, si l’infection n’est pas traitée, elle peut persister pendant plusieurs mois, et il est donc possible de développer des complications. Oui, encore une fois, vous avez le droit de dire : «Eh, merde!» Quelles sont les complications possibles?

Chez les hommes :

  • Orchi-épididymite : inflammation de l’épididyme (canal transportant les spermatozoïdes) et du ou des testicules. On peut alors remarquer une augmentation de volume de l’épididyme, une rougeur et une inflammation du scrotum ainsi que de la fièvre
  • Prostatite : inflammation de la prostate
  • Inflammation et douleur pelvienne chronique
  • Syndrome oculo-urétro-synovial (combinaison de conjonctivite, urétrite et d’arthrite). Cette condition peut devenir chronique.
  • Infertilité dans de rares cas
  • Augmente également le risque de contracter le VIH

Chez les femmes :

  • Atteinte inflammatoire pelvienne pouvant causer des douleurs au bas ventre, au col de l’utérus et aux structures avoisinantes, de la fièvre et des douleurs lors de relations sexuelles
  • Douleur pelvienne chronique
  • Dommage aux trompes de Fallope augmentant le risque de grossesse ectopique
  • Infertilité
  • Syndrome oculo-urétro-synovial
  • Augmente le risque de contracter le VIH

Fait intéressant : dans Harry Potter, la stigmatisation de Remus Lupin en lien avec sa condition de loup-garou est une métaphore du VIH.

Avoir des relations sexuelles après avoir reçu un diagnostic
Fini. Terminé la vie sexuelle. Just kidding. Tu peux recommencer à avoir des relations sexuelles non protégées sans risque de transmission après avoir rempli deux conditions :

  1. Après avoir terminé ton traitement à doses multiples ou 7 jours après avoir terminé ton traitement à dose unique
  2. Jusqu’à la disparition des symptômes, si symptômes il y a.

Comment et quand consulter? En quoi consiste le test de dépistage? 
La façon la plus simple de consulter et d’avoir un test de dépistage est de communiquer avec le CLSC pour obtenir un rendez-vous avec le médecin ou avec l’infirmier. Lors de ta rencontre avec l’intervenant, il te questionnera sur tes pratiques sexuelles et tes habitudes. Pour la chlamydia, il faut attendre environ deux semaines après la relation sexuelle pour qu’elle puisse être dépistée par un test. Selon les pratiques sexuelles et selon la condition, pour dépister la chlamydia, il y aura un prélèvement urinaire, ou un prélèvement de sécrétion avec quelque chose qui ressemble à un long Q-tips.

Je suis gêné ou stressé d’aller consulter. Qu’est-ce que je fais?
J’aimerais commencer en disant que vivre dans l’incertitude et passer son temps à se questionner est bien plus stressant que d’attendre le résultat d’un test. Mettre une cape d’invisibilité sur le problème ne le fera pas disparaître.

Ensuite, si tu es gêné de révéler à un professionnel de la santé tes pratiques sexuelles, sache que c’est son travail et qu’il saura te mettre à l’aise. Je peux comprendre qu’il est parfois gênant de discuter de quelque chose d’aussi intime. Il faut par contre se dire que c’est pour sa santé et comprendre que le professionnel n’est pas là pour te juger, te faire la morale ou te critiquer, il est là pour t’aider. Il est tenu à la confidentialité et du moment que tu es âgé de 14 ans et plus, il est possible d’aller consulter sans que tes parents le sachent. (Mais si tu as 14 ans et moins, vaut quand même mieux aller voir l’infirmière ou l’infirmier de ton école). Donc aucune crainte à avoir. Ces questions peuvent paraître gênantes, ou indiscrètes, mais c’est pour permettre au professionnel de mieux t’évaluer et savoir quels tests de dépistage sont appropriés.

Dois-je absolument contacter mes partenaires si j’obtiens un test positif?
Idéalement, oui. Il est important d’aviser son ou ses partenaires, car il est possible qu’ils soient infectés par la bactérie. Il est également possible qu’ils la transmettent à d’autres, alors pour briser une chaîne de transmission, il est important de les aviser. Le professionnel que tu rencontreras peut t’aider dans le processus et peut même communiquer avec les personnes à ta place, ce qui te permet de rester anonyme.

Et c’est quoi ce fameux traitement?
Il s’agit d’un traitement antibiotique en comprimé. Si tu obtiens un résultat positif, il est possible d’avoir une prescription pour toi et ton partenaire et obtenir le médicament gratuitement dans une pharmacie. Il s’agit bien souvent de Doxycycline, un antibiotique qu’il faudra prendre deux fois par jour pendant 7 jours, ou d’azithromycine, une dose unique.

Crédit : Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban.

Pier-Luc Banville, étudiant en sciences infirmières.

Références

  1. Venne, S., Lambert, G., & Blouin, K. (2014). Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au Québec, année 2014 (et projections 2014). Québec, Qué.: Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.
  2. Ministère de la santé et des services sociaux (2014). Estimation du risque associé aux activités sexuelles. Repéré à [http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2013/13-308-14W.pdf]
  3. Agence de la santé publique du Canada (2012). Chlamydia trachomatis : fiche technique santé-sécurité : agents pathogènes. Repéré à [http://www.phac-aspc.gc.ca/lab-bio/res/psds-ftss/chlamydia-trachomatis-fra.php]
  4. Rooijen, M. S., Maarten F Schim Van Der Loeff, Morré, S. A., Dam, A. P., Speksnijder, A. G., & Vries, H. J. (2014). Spontaneous pharyngealChlamydia trachomatisRNA clearance. A cross-sectional study followed by a cohort study of untreated STI clinic patients in Amsterdam, The Netherlands. Sexually Transmitted Infections, 91(3), 157-164. doi:10.1136/sextrans-2014-051633
  5. Centers for Disease Control and Prevention (2016). Chlamydia – CDC Fact Sheet (Detailed). Repéré à [https://www.cdc.gov/std/chlamydia/stdfact-chlamydia-detailed.htm]
  6. Institut national de la santé publique du Québec (2016). Infection à chlamydia trachomatis. Repéré à [https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/documents /itss/fiche_clinique_c_trachomatis_ 2016.pdf]
  7. Agence de la santé publique du Canada (2013). Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement : Section 5 – Prise en charge et traitement d’infections spécifiques. Repéré à [http://www.phac-aspc.gc.ca/std-mts/sti-its/cgsti-ldcits/section-5-2-fra.php]
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À défaut de pouvoir écrire pour la Gazette du Sorcier, j'ai crée la Gazette du Malin-Firmier!

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