La cause LGBT est gagnée? Moi je dis «pas si certain de ça».

«Le combat pour l’égalité des gais, c’est réglé! Le mouvement pour l’égalité, c’est passé date! Au Québec, on est la société la plus tolérante envers l’orientation sexuelle et la diversité. Quand tu es gai, il n’y a pas grand-chose que tu ne peux pas accomplir au Québec». – Éric Duhaime

«Il y a de plus en plus de financements pour les organisations gaies qui vient des contribuables, ce n’est pas normal, à une époque où tout le monde accepte et tout le monde s’en fou». – Éric Duhaime

Moi, s’il y a bien une chose qu’on m’a appris à l’université, c’est de toujours appuyer et justifier mes propos. Ici, dans ces propos, je ne vois pas grand chose de plus que quelqu’un qui se permet une opinion. Oui, en effet, le Québec est une société très ouverte. Oui, effectivement, les gens de la communauté LGBT ont désormais les mêmes droits que tout le monde. Mais de là à dire que tout le monde s’en fou, que la cause est gagnée? Pas si certain de ça. Je vais donc profiter de la tribune que j’ai ici, à La Gazette du Malin-Firmier pour donner l’heure juste et nuancer des propos.

Comment expliquer que les personnes LGBT ont souvent plus d’idéations suicidaires? ¹
Comment expliquer que 69% des adolescents LGBT dans nos écoles secondaires sont victimes d’intimidation homophobe?2
Comment expliquer que 68,8% des élèves au collégial rapportent entendre souvent ou à l’occasion des propos homophobes?3
Comment expliquer la disparité en santé chez les personnes LGBT versus le reste de la population?45678
Comment expliquer que plusieurs personnes choisissent de ne pas révéler leur homosexualité dans leur lieu de travail? 9
Comment expliquer que les personnes LGBT sont encore souvent victimes de discrimination et de préjugés par les professionnels de la santé?145678

La réponse à toutes ces questions est simple et peut s’expliquer par un seul mot : stigmatisation. Il s’agit d’un phénomène encore bel et bien présent dans la société. Oui, même dans notre belle et ouverte société québécoise. Moi, j’appelle ça difficilement une «bataille gagnée».

La stigmatisation et les préjugés prennent naissance dans l’ignorance et parmi les meilleures façons de contrer le phénomène, on remarque : faire de l’enseignement au public, protester auprès des leaders d’opinion, comme les politiciens et les médias, et éduquer par le contact.10 Alors quand on se questionne sur l’utilité d’investir une partie des fonds publics dans des organismes pour la défense de la cause LGBT, alors que les statistiques et données probantes tendent à démontrer encore beaucoup d’inégalités, moi ça me dépasse. Comment ces fonds doivent-ils être investis? Sont-ils bien investis? Des questions auxquelles je n’ai malheureusement pas de réponse. Mais leur utilité est grandement justifiée.

Pourquoi dépenser de l’argent pour un groupe de la population qui ne cherche clairement pas à être aidé? Ça couche à droite et à gauche, ça choppe des ITSS et le VIH, ça consomme de la drogue et de l’alcool à profusion. Premièrement, c’est très généralisateur et un énorme préjugé de dire que tous les LGBT sont sur le party 24h sur 24, 7 jours sur 7, à se saouler dans un bar, coucher sans protection avec le premier venu dans les toilettes après s’être pris une ligne de coke sur le bord du comptoir. Deuxièmement, c’est en fait la situation inverse, c’est plutôt la société qui ne donne pas de chance. Le fait d’être discriminé et victimisé à répétition encourage l’adoption de comportements à risque, comme ceux mentionnés précédemment.10

Il existe aussi une disparité en santé pour la communauté LGBT. On remarque un taux de prévalence plus élevé chez les LGBT pour différentes maladies et problématiques.7 Pourquoi? Pourtant, l’accès aux soins est la même pour tous? Effectivement, mais malheureusement, je ne prêcherai pas pour ma paroisse ici : les patients LGBT sont confrontés à des milieux hétéronormatifs (voir définition ci-dessous) et ils se heurtent souvent aux préjugés de la part de différents professionnels de la santé.17 D’ailleurs, la formation limitée dans les universités sur les connaissances et les besoins de la communauté LGBT ne favorisent en rien la situation. Un sondage réalisé auprès de 132 écoles de médecine américaines et canadiennes a révélé qu’en moyenne, seulement 7h de formation étaient allouées à ce sujet. On ne connaît malheureusement pas les chiffres pour les autres programmes, comme ceux de sciences infirmières, mais il est possible d’avancer que la situation est semblable.7 Ainsi, une personne sur trois ayant vécu ou perçu de la discrimination à son égard décidera de repousser le moment où il utilisera les services de santé.5 Il ne faut donc pas s’étonner de voir que les personnes LGBT sont moins enclines à utiliser les services de soin.

Hétéronormatif : «Se dit de l’ensemble des discours et des pratiques qui instituent une hiérarchie des sexualités, en considérant l’hétérosexualité comme la norme la plus acceptable socialement, tout en dénigrant, déniant et stigmatisant les comportements, identités, relations et communautés non hétérosexuels».1

Est-ce que ça vous semble être une cause gagnée?

Références :

  1. Dumas, L., Chamberlands, L., Kamgain, O. (2016). Chaire de recherche sur l’homophobie, Faculté des sciences humaines, UQAM, Montréal.
  2. Chamberland, L., Émond, G., Otis, J., Ryan, W. (2010). L’impact de l’homophobie et de la violence homophobe sur la persévérance et la réussite scolaires, rapport de recherche, Montréal, Université du Québec à Montréal
  3. Chamberland, L., Émond, G., Otis, J., Ryan, W. (2011) L’homophobie au collégial au Québec Portrait de la situation, impacts et pistes de solution, rapport de recherche, Montréal, Université du Québec à Montréal
  4. Glasper, A. (2016). Ensuring optimal health care for LGBT patients. British Journal of Nursing, 25(13), 768-769. doi:10.12968/bjon.2016.25.13.768
  5. Roche, K., & Keith, C. (2014). How stigma affects healthcare access for transgender sex workers. British Journal of Nursing, 23(21), 1147-1152. doi:10.12968/bjon.2014.23.21.1147
  6. Irwin L (2007). Homophobia and heterosexism: implications for nursing practice. Australian journal of advances nursing, 25(1), 70-76
  7. Lim, F. A., Brown, D. V., & Kim, S. M. (2014). Addressing health care disparities in the lesbian, gay, bisexual, and transgender population : a review of best practices, American Journal of Nursing, 114(6), 24-34. doi:10.1097/01.naj.0000450423.89759.36
  8. Bolderston, A., & Ralph, S. (2016). Improving the health care experiences of lesbian, gay, bisexual and transgender patients. Radiography, 22(3). doi:10.1016/j.radi.2016.04.011
  9. Arboleda-Flórez, J., & Stuart, H. (2012). From Sin to Science: Fighting the Stigmatization of Mental Illnesses. The Canadian Journal of Psychiatry, 57(8), 457-463. doi:10.1177/070674371205700803
  10. Reitman, D. S., Austin, B., Belkind, U., Chaffee, T., Hoffman, N. D., Moore, E., Morris, R. (2013). Recommendations for Promoting the Health and Well-Being of Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender Adolescents: A Position Paper of the Society for Adolescent Health and Medicine. Journal of Adolescent Health, 52(4), 506-510. doi:10.1016/j.jadohealth.2013.01.015
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À défaut de pouvoir écrire pour la Gazette du Sorcier, j'ai crée la Gazette du Malin-Firmier!

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