Le suicide, l’affaire de tous

Au Québec, 3 personnes par jour en meurent. 1125 personnes ont laissé leur vie en 2014. Parmi les 1125 personnes, 75 % étaient des hommes. Parmi tous les groupes d’âge, ce phénomène a touché 523 personnes âgées entre 45 à 64 ans (Institut national de santé publique du Québec, 2017). Quel est le phénomène commun de toutes ces statistiques ? Le suicide. Elle est une des premières causes de décès au Québec. Du 29 janvier au 4 février dernier, c’était la 27e semaine nationale de la prévention du suicide. Cependant, malgré ce léger délai, il n’y a pas de bon moment pour parler de suicide. Plusieurs préjugés sont malheureusement véhiculés quant au suicide et aux gens posant ce geste. Alors, je vais tenter de démystifier le tout dans ce texte.

Source : finance.yahoo.com

Comment une personne peut en arriver là ?

Il y a plusieurs causes/facteurs pouvant amener une personne à envisager le suicide. Parmi ceux-ci, il y a les facteurs prédisposants, c’est-à-dire qui sont présents dans l’histoire de vie de l’individu. Un passé traumatique, l’adversité vécue pendant l’enfance ou des problèmes de santé mentale en sont quelques-uns pouvant contribuer largement aux tentatives ou au suicide (Association québécoise de prévention du suicide, 2014 ; Cairney, & Streiner, 2010 ; Links, Kolla, Guimond, & McMain, 2013). Également, les facteurs de maintien ou contribuants amenant l’individu à maintenir la ou les mêmes habitudes, dont l’abus de substance telle que l’alcool ou drogue et un faible réseau social. Enfin, il y a les facteurs que l’on dit précipitants. Par exemple, une perte d’emploi, une peine d’amour, la fin d’une relation d’amitié, le décès d’un être cher ou un évènement traumatique peuvent être en lien avec la précipitation du suicide. Par ailleurs, il est possible qu’un individu ait mis en exécution divers moyens ou solutions pouvant résoudre son ou ses problèmes et que le suicide soit devenu une solution de s’en sortir. Donc, on ne peut se baser sur un seul facteur, mais plutôt sur un ensemble de facteurs, combiné à la vulnérabilité de base de l’individu pouvant l’amener à une tentative ou au suicide (Association québécoise de prévention du suicide, 2014).

Quelques groupes de clientèles sont plus vulnérables au suicide. Parmi ceux-ci, il y a les gens vivant avec un problème de santé mentale tel que le trouble de la personnalité (Bjornkenstam, Ekselius, Berlin, Gerdin, & Bjorkenstam, 2016 ; Links et al., 2013), la schizophrénie (Birchwood, Iqbal, Chadwick, & Trower, 2000;  Sartorius, Jablensky, Ernberg, Leff, Korten, & Gulbinat, 1987) ou les troubles de l’humeur (Bolton, Pagura, Enns, Brent, & Sareen, 2010 ; Sublette, Carballo, Moreno, Galfalvy, Brent, Birmaher, Mann, & Oquendo, 2009). De même, le risque suicidaire serait accru lorsque la personne présenterait des traits ou le trouble de la personnalité limite en plus d’un trouble de dépendance, de l’humeur ou du spectre de la schizophrénie (Zeng, Cohen, Tanis, Quizibash, Lopatyuk, Yaseen, & Galynker, 2015). Les individus souffrant d’un trouble de dépendance à l’alcool ou toute(s) autre(s) drogue(s) sont également plus à risque de se suicider (Roget & Fisher, 2009). Ensuite, les personnes ayant déjà fait une tentative de suicide par le passé, plus particulièrement ceux ayant fait une tentative de suicide il y a moins d’une année, sont plus à risque de le refaire (Association québécoise de prévention du suicide, 2014). Également, les hommes adhérant au modèle traditionnel masculin sont plus vulnérables au suicide (Association québécoise de prévention du suicide, 2014). Enfin, les individus grandissant ou ayant grandi dans le milieu des centres jeunesse sont davantage à risque de commettre un suicide (Cairney & Streiner, 2010).

Le changement de comportements d’un individu peut nous amener à nous questionner sur comment il se sent actuellement. Par exemple, un individu qui avait un bon cercle social peut devenir plus isolé sur lui-même. Un second exemple serait qu’un individu qui ne consommait pas ou peu de substance, telle que de l’alcool ou de la drogue, et qui, de plus en plus, commence à consommer régulièrement. De même, la présence d’impulsivité chez un individu peut contribuer à un plus grand risque de commettre un suicide (Spokas, Wenzel, Brown, & Beck, 2012).

Source : http://www.asking-jude.com

 

Quels sont les moyens pour aider la personne ?

Lorsqu’une personne manifeste de la détresse ou qu’elle mentionne des pensées suicidaires, en premier lieu, il est important de l’écouter dans cela et de lui demander clairement si elle pense à «mettre fin à ses jours», «de s’enlever la vie» ou même «de se suicider» afin d’éviter toute ambiguïté dans le discours. Il est important de clarifier avec elle lorsqu’elle mentionne «qu’elle a des idées noires», puisque cela n’a peut-être la même signification pour tout le monde. De même, il est important de l’écouter sans porter de jugement.

«Pourtant, tu gagnes bien ta vie.» «Tu es comblé par ta famille et tu peux leur en parler.» «Tu réussis bien à l’école, je ne comprends pas pourquoi tu veux mettre fin à tes jours.»

Ces derniers sont des jugements à ne pas faire. Lorsque la personne mentionne et vous affirme qu’elle veut se suicider, il est recommandé de la référer aux autorités compétentes. Par autorité compétente, il y a les centres de prévention du suicide de votre région, l’urgence, les psychologues, les travailleurs sociaux, les infirmiers, les médecins, les organismes oeuvrant en santé mentale, et j’en passe.

Et la famille ?

Que faire lorsqu’une famille est endeuillée suite à un suicide d’un proche ? Quelques ressources sont disponibles, dont les centres d’écoute téléphonique et les organismes en santé mentale dans votre région. De même, les centres de prévention du suicide peuvent être une excellente ressource de support puisqu’ils offrent des services pour les familles ayant vécu le suicide d’un proche. De même, les médecins, les CISSS, les psychologues ou les travailleurs sociaux peuvent aider les familles.

Source : http://www.careersuicideshow.com

Comment est-ce que je peux m’impliquer ?

Des séances d’information sont offertes pour messieurs et mesdames Tout-le-monde désirant s’informer sur ce qu’est le suicide auprès de différents centres de prévention du suicide à travers le Québec.

Pour les personnes oeuvrant auprès de population vulnérable, il est possible de suivre une formation afin de devenir une sentinelle dans votre milieu de travail, de bénévolat, et j’en passe. Qu’est-ce qu’une sentinelle ? Une personne espionne ? C’est plutôt une personne qui est susceptible d’être davantage en contact avec des gens pouvant présenter un risque suicidaire. Elle est non seulement chargée de repérer un individu pouvant être à risque, mais aussi de prendre contact avec elle et de lui transmettre les ressources pertinentes pour elle. Autrement dit, c’est l’équivalent d’une personne qui a suivi une formation RCR et qui vient en aide à une personne qui aurait un malaise cardiaque ou autre, par exemple. Je vous invite à vous informer auprès de votre milieu et auprès des centres de prévention du suicide de votre région pour davantage de détails.

Enfin, je vous invite en grand nombre à signer la déclaration de la prévention du suicide qui vise à se prononcer et aider à prévenir davantage le suicide afin de diminuer ce nombre. Allez, qu’est-ce que t’attends pour le faire ?!

Parce que le suicide n’est pas une option, c’est en travaillant ensemble qu’on trouve la solution de contrer ce phénomène pour aider ceux où les jours peuvent être plus difficiles.

Sarah Porlier, B.A. et Étudiante au doctorat en psychologie clinique

 

Ressources pour de l’aide

1-866-APPELLE (1-866-277-3553) : Ressource disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Association québécoise de prévention du suicide : http://www.aqps.info

Association canadienne de la santé mentale : http://www.cmha.ca/fr/

Association canadienne de la prévention du suicide : http://suicideprevention.ca/francais/

Tel-Aide : http://www.telaide.org/ressources/

Tel-Jeune : http://teljeunes.com/accueil

 

Références

Association québécoise de prévention du suicide (2014). Agir en sentinelle pour la prévention du suicide : Cahier du participant (2e éd.). Québec : Association québécoise de la prévention du suicide

Birchwood, M., Iqbal, Z., Chadwick, P., & Trower, P. (2000). Cognitive approach to depression and suicidal thinking in psychosis I. Ontogeny of post-psychotic depression. British Journal of Psychiatry, 177, 516-521.

Bjornkenstam, C., Ekselius, L., Berlin, M., Gerdin, B., & Bjorkenstam, E. (2016). Suicide risk and suicide method in patients with personality disorders. Journal of Psychiatric Research, 83, 29-36.

Bolton, J. M., Pagura, J., Enns, M. W., Brent, B., & Sareen, J. (2010). A population-based longitudinal study of risk factors for suicide attempts in major depressive disorder. Journal of Psychiatric Research, 44 (13), 817-823.

Cairney, J., & Streiner, D. L. (2010). Mental Disorders in Canada : An Epidemiological Perspective. Toronto : University of Toronto Press.

Institut national de santé publique du Québec (2017). La mortalité par suicide au Québec : De 1981 à 2014 – Mis à jour 2017. Québec : Institut national de santé publique du Québec.

Links, P. S., Kolla, N. J., Guimond, T., & McMain, S. (2013). Prospective risk factors for suicide attempts in a treated sample of patients with borderline personality disorder. The Canadian Journal of Psychiatry, 58 (2), 99-106.

Roget, N. A., & Fisher, G. L. (2009). Encyclopedia of Substance Abuse Prevention, Treatment, and Recovery.  Los Angeles, CA : Sage Publications.

Sartorius, N., Jablensky, A., Ernberg, G., Leff, ]., Korten, A., & Gulbinat, W. H. (1987). Course of schizophrenia in different countries: Some results of a WHO international comparative 5-year follow-up study. In H. Hafner, W. F. Gattaz, & W. Janzarik (Eds.), Search for the Causes of Schizophrenia (pp. 107-113). New York, NY : Springer-Verlag.

Spokas, M., Wenzel, A., Brown, G. K., & Beck, A. T. (2012). Characteristics of individual who make impulsive suicide attempt. Journal of Affective Disorders, 136, 1121-1125.

Sublette, M. E., Carballo, J. J., Moreno, C., Galfalvy, H. C., Brent, D. A., Birmaher, B., Mann, J. J., & Oquendo, M. A. (2009). Substance use disorders and suicide attempts in bipolar subtypes. Journal of Psychiatric Research, 43 (3), 230-238.

Zeng, R., Cohen, L. J., Tanis, T., Quizibash, A., Lopatyuk, Y., Yaseen, Z. S., & Galynker, I. (2015). Assessing the contribution of borderline personality disorder and features to suicide risk in psychiatric inpatients with bipolar disorder, major disorder and schizoaffective disorder. Journal of Psychiatric Research, 226 (1), 361-367.

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