On m’a prescrit des antipsychotiques. Pourquoi? Je ne suis pas psychotique!

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Première entrée dans le blogue : je voulais un sujet qui frappe, pertinent et actuel. Plusieurs jours à réfléchir puis TADAM! Le sujet est venu à moi naturellement en voyant cet article de la Presse.

Essentiellement, l’article explique que, selon une étude, 12% des jeunes de 24 ans et moins ayant un diagnostic de TDAH (trouble du déficit de l’attention avec/sans hyperactivité) ont reçu une prescription d’antipsychotique.

 

 

J’ai surtout été interpellée par les commentaires des gens sur les réseaux sociaux suite à cet article. Plusieurs ont crié au scandale !

  • « Le TDAH c’est de la fiction, on a juste à envoyer les jeunes jouer dehors voyons donc ! »
  • « Un antipsychotique ça n’a pas à être prescrit si on n’est pas schizophrène ! »

Personnellement, j’ai été dérangée par la façon dont la nouvelle a été amenée. On donne juste assez d’information pour être alarmant, mais on omet suffisamment de détails pour que le tout soit impossible à interpréter de façon correcte. Vite comme ça, en lisant la nouvelle, ça a ben l’air épouvantable de bourrer nos jeunes de « médicaments pour schizophrène » pour rien.

Je vois ici trois sujets distincts : 1) la banalisation du TDAH 2) les idées reçues sur les antipsychotiques et 3) la façon incomplète de livrer les résultats d’une étude, menant à une nouvelle inutilement alarmante qui alimente les préjugés. Aie aie aie. J’ai décidé de m’attaquer en premier lieu à la sombre réputation de l’antipsychotique…

 

Un antipsychotique, c’est quoi?

À l’origine, ce médicament découvert de façon fortuite dans les années 50, était appelé « neuroleptique » :  neuro pour « qui a trait au système nerveux » et leptique pour « qui agit en calmant »1. On a par la suite découvert que ce médicament avait un effet bénéfique sur les symptômes psychotiques associés à la schizophrénie, trouble pour lequel on n’avait pas de traitement efficace à cette époque. C’est donc avec beaucoup de logique qu’on s’est dit, si ça guérit la psychose, on va appeler ça des « antipsychotiques ». Ça reste encore aujourd’hui le seul médicament capable d’atténuer la psychose2.

Il y a plusieurs sortes d’antipsychotiques : ceux de 2e génération (ou atypique) sont les plus couramment utilisés. Grossièrement, cette molécule agit en bloquant partiellement des récepteurs de la dopamine et de la sérotonine2. La dopamine et la sérotonine sont des neurotransmetteurs, c’est-à-dire des composés chimiques du cerveau qui permettent les connexions entre les cellules de celui-ci. Ils sont un peu comme des messagers. Lorsque les neurotransmetteurs sont en quantité optimale, cela nous permet de bien fonctionner et de ressentir un bien-être4.

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Les neurotransmetteurs agissent comme des messagers

La dopamine a notamment un rôle important dans le contrôle des comportements émotionnels, la motivation, le plaisir et la récompense3. Autrement dit, si vous êtes friand de chocolat, le fait d’y penser peut vous faire sécréter de la dopamine qui vous incitera à vous rendre à l’épicerie pour en acheter.  La sérotonine, quant à elle, est impliquée dans la régulation de l’humeur, du cycle éveil-sommeil, de l’appétit, de la température corporelle et de la douleur. Si pour une raison ou une autre, il y a trop ou pas assez de neurotransmetteurs, ce déséquilibre peut faire en sorte que les messages ne se rendent pas correctement à destination ou soient perturbés, entraînant toute sorte de symptômes liés aux émotions, aux comportements, selon les zones du cerveau touchées et des neurotransmetteurs impliqués4

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Un déséquilibre des neurotransmetteurs peut faire en sorte que le message ne se rende pas correctement

L’antipsychotique vise à rétablir l’équilibre de la dopamine et la sérotonine pour diminuer les symptômes. Prenons l’exemple de la schizophrénie. Pour faire une histoire courte, on pense que l’excès de dopamine dans certaines régions du cerveau a un effet stimulant qui serait à l’origine des hallucinations. Par exemple, l’hallucination auditive, qui est la plus commune, consiste à entendre des sons, des voix, en l’absence de stimulus réels dans l’environnement4. En général, c’est plutôt effrayant. Les professionnels de la santé sont donc heureux de pouvoir offrir des antipsychotiques qui contribuent à diminuer ces symptômes, par le mécanisme expliqué précédemment.

 

L’habit ne fait pas le moine

 Il ne faut pas se laisser berner par son nom : ce n’est pas parce que l’étiquette dit « antipsychotique » que la personne qui en prend souffre nécessairement de psychose. Effectivement, les antipsychotiques sont également utilisés pour traiter les symptômes liés aux troubles suivants5

  • Troubles de l’humeur et bipolaires
  • Troubles anxieux (dont le trouble obsessif compulsif)
  • Delirium, démence et certains troubles neurologiques
  • Autisme
  • Insomnie
  • Troubles de la personnalité (surtout du groupe B)

Ainsi, pour en revenir à cet article, pourquoi ces jeunes ayant un TDAH prennent-ils des antipsychotiques ? Il semble que la combinaison d’un psychostimulant, médicament utilisé pour soutenir l’attention, et d’antipsychotique, notamment pour le contrôle des conduites impulsives liées à l’hyperactivité soit en croissance au Canada7. Effectivement, l’antipsychotique combiné à un autre médicament peut rendre plus efficace le traitement d’une vaste gamme de troubles mentaux. Considérant que le TDAH vient malheureusement parfois en comorbidité avec un autre trouble, on peut aussi penser que le médicament peut être prescrit pour un autre trouble que le jeune a6, par exemple le syndrome de Gilles de la Tourette2.

L’antipsychotique ne guérit pas tout de façon miraculeuse ! L’article affirme également que les antipsychotiques ont des effets secondaires sérieux notamment le diabète de type II: c’est vrai. En fait, tous les traitements médicaux comportent des avantages et des risques : on peut difficilement avoir le beurre et l’argent du beurre. D’ailleurs, les effets secondaires sont souvent à l’origine de l’abandon des traitements d’antipsychotiques. Cela ne veut pas dire que ce sont de mauvais médicaments. Ce qu’il faut rechercher, c’est que les bénéfices du traitement soient plus grands que les inconvénients.

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L’antipsychotique aide à rééquilibrer les neurotransmetteurs pour faciliter les messages

Finalement, le résultat de cette étude, est-ce inquiétant ? Difficile à dire avec les informations actuellement disponibles. Ce que je voulais surtout vous dire, c’est que l’antipsychotique est un médicament qui est utilisé pour toute sorte de problèmes de santé mentale, afin d’aider à ce que les « messagers » neurotransmetteurs « fassent mieux leur job». Utilisé avec discernement, en combinaison avec un suivi approprié, l’antipsychotique a démontré son efficacité dans le traitement de nombreux troubles mentaux.

 

Andrée-Anne Choquette,  Inf. M.Sc.

 

 

 

 

 

Références

  1. Deniker, P. (1975). Qui a inventé les neuroleptiques ? Confrontations Psychiatriques, no13, p. 7-17.
  1. Lalonde, P., Pinard, G.F. & col. (2016). Psychiatrie Clinique. Approche bio-psycho-sociale (4e éd). Montréal, QC : Chenelière Éducation.
  1. Stahl, S.M. (2015). Psychopharmacologie essentielle. Base neuroscientifiques et applications pratiques (4e éd.). Paris : Lavoisier
  1. Fortinash, K. M., & Holoday Worret, P. A. (2016). Santé mentale et psychiatrie (2e éd.). Montréal, QC : Chenelière Éducation.
  1. Virani A, Bezchlibnyk-Butler K, Jefries JJ. (2012). Clinical Handbook of Psy – cho tropic Drugs. 19e éd. Asland : Hogrefe & Huber. p. 84-173.
  1. Iskanar, H. (2012). Les antipsychotiques atypique à toutes les sauces. Le médecin du Québec, (47)9, 63-68.
  1. Alessi-Severini, S., Biscontri, R.G., Collins D.M., et al. (2012). Ten years of antipsychotic prescribing to children: a Canadian population-based study. Can J Psychiatry, 57:52-8.

 

Photos

http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201701/18/01-5060721-beaucoup-de-jeunes-atteints-de-tdah-prennent-des-antipsychotiques.php

https://dribbble.com/shots/2350451-The-Endless-Message-Delivery

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Publié par

Andrée-Anne a terminé ses études mais n'a pas quitté l'école. Elle s'y sent tellement bien après 10 ans d'études universitaire qu'elle a décidé d'y faire carrière. Enseignant principalement dans les domaines de la santé mentale et l'approche familiale, elle ne se lasse jamais d'en parler, si bien qu'elle a décidé de se joindre à l'équipe du blogue pour pouvoir en parler encore plus. Conséquemment, ses textes porteront évidemment sur la santé mentale ainsi que différents enjeux sociaux associés, ses sujets préférés. Coquette et fière, elle aime bien se filmer dans sa cuisine pour vous vulgariser les différentes caractéristiques des troubles mentaux de façon ludique et imagée. Ne pensez pas qu'elle n'est qu'une geek qui a passé toute sa vie à chercher dans des banques de données! Non non! Parallèlement à ses études elle a travaillé dans plusieurs endroits passionnants. Elle a débuté sa carrière en détention, avant d'oeuvrer dans un centre de réadaptation en dépendance pour finalement poursuivre son travail dans la rue. Elle a hâte de vous en parler.

2 commentaires sur « On m’a prescrit des antipsychotiques. Pourquoi? Je ne suis pas psychotique! »

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