Parce que personne n’est à l’abri… Parlons du Syndrome du bébé secoué!

Bon, en fait, il y a effectivement UN moyen d’être à l’abri. C’est de n’être en contact avec AUCUN bébé. Pas d’bébé, pas d’bébé secoué. Effectivement, le premier facteur de risque, c’est d’être en contact avec les pleurs d’un bébé. Mais bon, soyons réalistes, la plupart d’entre nous seront ou sont en contact avec des bébés.

En premier lieu, il est important de mentionner que les bébés victimes de ce syndrome proviennent de tous les milieux et de toutes les classes socio-économiques. Personne n’est immunisé contre la possibilité de perdre patience au point de commettre l’irréversible geste qu’est de «secouer» un bébé. Ainsi, un parent ayant fait de hautes études, étant aisé financièrement et possédant un bon entourage est tout aussi à risque qu’un parent en situation plus vulnérable. C’est un acte qui est souvent commis par la personne qui prend directement soin de l’enfant (parents, conjoint du parent), mais parfois par un autre membre de l’entourage.

Tous les parents ressentiront un jour de la colère, de l’impuissance et de l’impatience. C’est NORMAL et ACCEPTABLE. Par contre, c’est la violence qui ne l’est pas.

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Crédit photo : Inside Out

Par chance, il existe des moyens pour éviter la violence! On va voir cela dans le texte à venir.

En 2002, le CHU Ste-Justine a mis sur pieds un projet en 4 étapes (parents, professionnels, campagnes provinciales et données/recherches). Ce vaste projet comprend le programme périnatal de prévention du SBS. (Fortin, 2010) Cela vise à sensibiliser les nouveaux parents et soutenir les professionnels de la santé. C’est un enseignement traitant du syndrome du bébé secoué à faire à tous les parents lors de leur séjour en centre hospitalier. Cela se fait en collaboration avec ceux-ci à l’aide de 3 cartes-fiches. On parle des pleurs du bébé, de la colère et du syndrome du bébé secoué. On élabore des stratégies avec les parents au cas où ils seraient à bout de patience. On utilise aussi un autre outil : le «Thermomètre de la colère» (Fortin, 2006) afin d’expliquer ce qu’est la colère, comment y faire face ainsi que des actions pour garder le contrôle.

Mais c’est quoi ça le bébé secoué ?

Selon le CHU Ste-Justine (2015), c’est «lorsqu’un nourrisson ou un jeune enfant tenu par le tronc, les épaules ou les extrémités est secoué violemment.» Cela amène un mouvement de la tête dans tous les sens, abîmant alors le cerveau du bébé (enflure et saignement). Le cerveau du bébé «flotte» dans sa boîte crânienne et la matière cérébrale est friable. Il faut voir les cellules cerveau du bébé comme un Jell-O fragile. Si vous prenez un Jell-O dans un Tupperware dans votre frigo  et que vous secouez celui-ci, vous aurez alors une image vulgarisée des dommages infligés au cerveau du bébé! Il faut noter que les cellules endommagées ne guériront JAMAIS. En fait, un bébé sur cinq décède suite à ce syndrome. Effectivement, selon Lind & al. (2012) le taux de mortalité serait d’environ 21.6%. Selon Fortin, Stipanicic & Nolin (2010), au Québec, on diagnostique 20 à 30 cas annuellement, mais on imagine que plusieurs cas ne sont pas officiellement diagnostiqués. Effectivement, certaines études anonymes ont révélé que plusieurs bébés en seraient victimes, mais ne présentent pas de symptômes et ne sont donc pas repérés.

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Crédit photo : Oops Animation, Inc.

La plupart du temps, les blessures au cerveau ne se voient pas. Les conséquences sont donc minimisées, puisque ce sont des blessures invisibles. Par contre, les symptômes sont graves, mais peuvent être confondus avec d’autres pathologies. Le diagnostic est donc extrêmement difficile. Les enfants (surtout les garçons) de moins d’un an seraient plus souvent touchés. Mais on s’entend, aucun enfant, peu importe l’âge, ne devrait être secoué!

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Crédit photo : Oops Animation, Inc.

 

Les symptômes :

On pourrait observer de l’ irritabilité, de la somnolence, des vomissements, des difficultés respiratoires, des tremblements et des convulsions. TOUS CES SYMPTÔMES NÉCESSITENT UN APPEL IMMÉDIAT AU 9-1-1!

Lorsque je faisais l’enseignement officiel avec les cartes-fiches, (tsé dans l’temps que j’étais sur le shift de jour et de soir) je me permettais de dire aux parents que si, malheureusement, ils en venaient à secouer leur bébé, qu’ils consultent immédiatement. En effet, le bébé peut ne pas devenir immédiatement symptomatique. On peut alors penser que malgré le geste, le bébé va bien puisque son état est inchangé… Mais bébé peut se détériorer quelques minutes/heures plus tard. Bien qu’il soit difficile de consulter et d’avouer avoir fait cela, il vaut mieux que le bébé soit pris en charge le plus rapidement possible par une équipe médicale. Pour protéger notre bébé.

Un geste évitable lourd de conséquences…

Selon le CHU Ste-Justine (2015), les dommages sont importants et comprennent des hémorragies intracrâniennes, des hémorragies rétiniennes, de l’œdème cérébral et des dommages aux cellules cérébrales. D’autres traumatismes comme des fractures costales, des bras, des jambes, du crâne ainsi que des ecchymoses sont observables. Les 2/3 des enfants qui survivent présentent des séquences permanentes : paralysie, cécité, épilepsie, troubles de l’alimentation, troubles du sommeil, retards de développement, déficits cognitifs. Toutes ces problématiques nécessitent une prise en charge par plusieurs spécialistes… Parfois durant toute la vie.

Sans surprise, au Québec, le syndrome du bébé secoué est reconnu comme un acte criminel.  Ainsi, les répercussions non seulement sur l’enfant, mais sur l’entourage de celui-ci sont immenses.

Les pleurs

Ils sont normaux. Tous les bébés pleurent, mais certains plus que d’autres. Assurez-vous d’avoir «fait le tour» de ce qui pourrait possiblement le faire pleurer, une étape à la fois! Il faut aussi comprendre que bébé peut pleurer sans raison particulière… Oui, c’est fâchant! Mais dites-vous que les pleurs ne sont absolument pas dangereux pour votre bébé et qu’ils sont temporaires (oui, oui, il y a de l’espoir!) Non mais ce serais-tu assez l’fun qu’au lieu de pleurs, ce soit de la bonne musique qui sorte de la bouche de notre petit poussin? Genre on se fait une playlist qu’on plugh dans bébé pis… Ah hum, je fabule là…

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Crédit photo : Who Framed Roger Rabbit

Mise en situation

Lily est une enseignante au primaire de 29 ans. Elle a accouché de son premier enfant, Harry, il y a environ 3 mois. Depuis quelques jours, elle dort moins bien et manque de sommeil. Il faut dire que son conjoint, James, vient de recommencer à travailler. Elle se dit que c’est normal et que la plupart des parents ne dorment pas beaucoup avec un nouvel enfant! Feck c’est ça… Ça fait quelques jours qu’elle est moins patiente avec Harry.

Il est 18h et ça fait 3 heures en ligne qu’Harry pleure à fendre l’âme. James est au travail. Durant ces 3 heures, Lily a changé, nourri, bercé, emmailloté, désemmailloté, remmailloté, rebercé et cajolé Harry. Rien ne fonctionne. Harry pleure, mais c’est juste parce que son cerveau est en gros développement, c’est sa façon de s’exprimer.

Lily aussi pleure. Elle ne sait plus quoi faire. Exaspérée, elle crie à Harry de se taire. Ses joues sont en feu et ses mains tremblent… Quand elle est dans cet état, elle peut être agressive, elle se connaît. Elle se dit : «Okay, l’élastique va péter là…» Elle dépose Harry dans son lit et quitte la chambre, avant de devenir violente.

Soudainement, elle se souvient du petit enseignement à l’hôpital donné par l’infirmière Pomfresh. Tsé celui avec les 3 cartons. Elle fouille dans le tiroir qui contient les dizaines paires de mini-chaussettes ultras cutes de son bébé (voir les petites chaussettes la calme un peu) et elle trouve les cartons d’enseignement reçus à l’hôpital. Elle trouve le numéro de la ligne parents. C’est un service gratuit, confidentiel et disponible 7 jours sur 7, 24h sur 24. Elle le compose :  1-800-361-5085. Une p’tite toune de Paul Piché joue le temps qu’un intervenant lui réponde. Elle parle quelques minutes et ça désamorce sa colère. Elle retourne voir Harry toutes les 15 minutes pour s’assurer qu’il va bien. Il pleure toujours. Elle pleure quelques minutes et se fait un thé : le Piège à ours, son préféré. Elle écoute un sketch des Têtes à claques sur YouTube. 15 autres minutes passent. Ses joues ont refroidi, ses mains ne tremblent plus. Elle est dans un état positif. Elle est calmée et se sent prête à reprendre Harry dans ses bras. C’est sécuritaire. Après une autre demi-heure de pleurs, il s’endort paisiblement blotti contre Lily. VICTOIRE! Elle se dit : Ce serait tellement l’fun qu’une formule magique arrête les pleurs !

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Crédit photo : Harry Potter and the Sorcerer’s Stone

Comment Lily a évité le pire?

D’abord, il y a eu une escalade de tension jusqu’à ce que Lily atteigne sa limite. Généralement, la colère n’arrive subitement. Il importe donc de connaître notre propre limite et les signes avant-coureurs de celle-ci. En utilisant une phrase clef, comme l’a fait Lily («Okay, l’élastique va péter là…»), cela peut nous faire prendre conscience que notre limite est atteinte. Tel que recommandé par le CHU Ste-Justine, cela peut être un «signal d’arrêt», de mise en œuvre des actions pour éviter la violence.

Sur l’une des fiches d’enseignement, les deux parents écrivent les actions à prendre quand leur limite est atteinte afin de favoriser la sécurité de l’enfant, ainsi que des actions pour se calmer. Lily a déposé son bébé (sécurité) avec une surveillance aux 15 minutes. Elle a ensuite appelé de l’aide, pleuré un bon coup, bu un thé et écouté des vidéos sur internet (retour au calme). Finalement, elle s’est assuré qu’elle ne présentait plus de signes de tension et est retournée voir son bébé.

Toutes les techniques sont bonnes, en autant qu’elle assure la sécurité des parents et du bébé.

Un bon réseau, une formule gagnante!

Un bon moyen de prévention est de planifier un réseau de soutien. Une liste des numéros de téléphone d’amis, de membres de la famille et de ressources (CLSC, unité des naissances, info-santé, ligne Parents, etc.) doit être disponible en tout temps en cas de besoin. Il est important d’aviser les gens sur cette liste qu’ils y figurent, pour les préparer au besoin.

Moi? Vulnérable? Ah bon?

Certains facteurs peuvent augmenter la vulnérabilité des parents comme la fatigue, le manque de sommeil, des difficultés relationnelles, la prise de médication ou de substances (alcool, drogues), les difficultés financières, un bébé ayant un problème de santé, l’adaptation au nouveau rôle de parents… Et parfois, rien de tout cela, simplement les pleurs de bébé! Il faut reconnaître ces moments de vulnérabilité, bien que certains soient hors de notre contrôle.

Ressources

Les ressources sont disponibles sur ce site : https://www.chusj.org/fr/soins-services/S/Syndrome-du-bebe-secoue/References

N’oubliez jamais que si vous croyez que la sécurité ou le développement d’un enfant sont compromis, vous devez effectuer un signalement à la DPJ. Cela est confidentiel et ne vous oblige en rien à vous identifier.

MESSAGE AUX NOUVEAUX PARENTS :
Vous êtes su’a coche et vous faites une bonne job! N’oubliez pas que la colère est normale… La violence ne l’est pas! Je vous invite à faire lire les fiches d’information sur les pleurs et la colère aux membres de votre entourage. L’enseignement est fait à tous les parents pour qu’ils puissent à leur tour enseigner, car bébé ne sera pas toujours en présence des parents. C’est un bon moyen de les sensibiliser au syndrome du bébé secoué.

 

Stèphanie Nantel, B. Sc. Inf.

 

Références :
CHU Sainte-Justine, Syndrome du bébé secoué (SBS): Tout ce qu’il faut savoir (2015). Repéré à : https://www.chusj.org/fr/soins-services/S/Syndrome-du-bebe-secoue/Tout-ce-qu-il-faut-savoir

Fortin, S. & Fortin, G. (2007). Le syndrome du bébé secoué :  un traumatisme crânien pas comme les autres. Défi jeunesse : Revue professionnelle du conseil multidisciplinaire, 13(6), 4-16. Repéré à : http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/pdf/cmulti/pdf/defi_06_07.pdf

Fortin, G., Stipanicic, A., & Nolin, P. (2010). Le syndrome du bébé secoué (traumatisme crânien non accidentel) : vers une convergence des interventions. Québec, Québec: Les Presses de l’Université du Québec.

Frappier, Fortin, Goulet & coll. (2007). Le syndrome du bébé secoué : projet de prévention du CHU Sainte-Justine.

Lind, K., Laurent-Vannier, A., Toure, H., Brugel, D-G. & Chevignard, M. (2013). Le syndrome du bébé secoué : les séquelles ? Archives de Pédiatrie, 20(4), 446-448.

Soins de nos enfants, société Canadienne de pédiatrie, Le syndrome du bébé secoué (2016)Repéré à : http://www.soinsdenosenfants.cps.ca/handouts/never_shake_a_baby

Crédit photo image couverture : Blogue Les bébés secoués (Geluck)

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