La COU : pilule du lendemain?

Avec ce titre, je permets une séparation des lecteurs en 3 catégories. Ceux qui savent ce que l’acronyme COU veut dire. Ceux qui ne savent pas ce que cet acronyme veut dire. Et ceux qui se demandent pourquoi je viens d’accorder au féminin le mot «cou», en plus de le mettre en majuscule.

Donc, pour les personnes dans les 2 dernières catégories, l’acronyme COU est pour Contraception Orale d’Urgence, soit ce qu’on appelle couramment la «pilule du lendemain». Mais je n’aime pas cette expression. Beaucoup de professionnels de la santé n’aiment pas cette expression. Et en lisant la suite de cet article, vous comprendrez pourquoi. Mais tout d’abord, en quoi consiste la COU ?

INTRODUCTION

Pour faire un peu sérieux, je vais commencer avec la définition de la SOGC (Société des obstétriciens et gynécologues du Canada) : la contraception d’urgence réfère à toute méthode de contraception utilisée après des rapports sexuels, mais avant la nidation. (La nidation, c’est le moment où l’œuf fécondé s’implante dans l’utérus).

C’est une ben belle définition, mais comment ça fonctionne exactement ?

Il faut savoir que cela dépend de la contraception utilisée :

S’il s’agit de Lévonorgestrel, connu sous les appellations Plan BMD, Next ChoiceMD, NorveloMD ou Option 2MD, nous avons affaire à une hormone dite progestative. Cette hormone va venir jouer sur le système hormonal* et ultimement, après plein de mécanismes déclenchés dans l’organisme, va éviter l’ovulation. Si jamais le corps arrivait quand même à ovuler, ça serait tout croche et ça ne fonctionnerait pas.

*Pour ceux qui s’y connaissent un peu en hormones et système endocrinien : La progestérone va faire une rétro-inhibition de la sécrétion de FSH et LH par l’adénohypophyse. Ainsi, il n’y aura pas de pic de LH.

Il y aurait aussi des mécanismes secondaires. Bien qu’aucune documentation scientifique suffisante n’existe à ce jour afin de confirmer ces hypothèses, leur présence expliqueraient bien l’efficacité que l’on associe à la COU, étant donné l’action sur plusieurs plans de la fécondation que cela amènerait. Par exemple, il pourrait y avoir inhibition du transport de l’oeuf ou du sperme dans la trompe de Fallope ou encore modification de l’endomètre (Tissu interne qui recouvre la paroi de l’utérus), ce qui empêcherait la nidation de l’oeuf fécondé.

S’il s’agit de l’ulipristal (EllaMD) , nous avons cette fois affaire à un modulateur sélectif des récepteurs de la progestérone. Un beau nom compliqué pour un produit qui encore une fois, ultimement, empêche l’ovulation.

S’il s’agit d’un stérilet de cuivre, le cuivre qu’il contient provoque une inflammation de l’endomètre, ce qui empêche la nidation de l’oeuf fécondé. Il est à noter qu’on parle ici d’une contraception d’urgence, car on ne peut pas appeler ça une COU, étant donné que ça ne s’avale pas très bien. Et même si vous réussissiez, ça ne ferait pas vraiment effet et vous pourriez craindre une perforation de votre système digestif. Ça a des ‘tits bouts pointus cette affaire-là!

INDICATIONS

C’était une belle description, mais quand est-ce qu’on a recours à la COU ?

Il y a tout d’abord le plus évident : Des relations sexuelles sans moyen de contraception.

Ensuite, même si vous avez été prudents, il se peut que le moyen de contraception ait fait défaut. Par exemple, bris du condom ou oubli de la pilule contraceptive.

Finalement, il s’agit d’un sujet plus difficile, mais elle peut être recommandée lors d’agression sexuelle.

Le message à retenir, c’est qu’en cas de doute, consultez un professionnel de la santé qui pourra déterminer si oui ou non, vous devriez avoir recourt à la COU.

TOUTE LA PHARMACO À PROPOS DE LA COU

Malgré que j’aie déjà énoncé plus haut les différentes COU existantes, je ne suis pas entrée dans les détails qui risquent de vous intéresser bien plus que son mécanisme d’action.

Posologie

Avec le lévonorgestrel (Plan BMD et toutes ses copines), on a deux comprimés à prendre. Ceux-ci peuvent être pris à 12h d’intervalle ou les deux d’un coup. Traditionnellement, on mettait un intervalle entre les deux doses, mais les nouvelles études semblent recommander tout autant la dose unique. Peu importe ce qui vous serait prescrit, les deux méthodes ont des taux de réussite semblables.

Il existe aussi une méthode que je n’ai pas mentionné qui consiste à utiliser des pilules contraceptives ordinaires, à des concentrations plus élevées. Cependant, celle-ci est très peu utilisée de nos jours. On se la garde en mémoire en cas de rupture d’inventaire de tous les types de Plan BMD de ce monde, ce qui a de faibles chances de se produire. De toute façon, je ne vous la recommande pas, c’est très mal toléré. C’est un peu comme donner un ticket gratuit pour une rencontre face à face avec le bol de toilette! (J’exagère… Mais pas tant non plus)

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Crédit photo : https://scontent.cdninstagram.com

Pour l’ulipristal, c’est vraiment simple. Vous prenez un comprimé en une fois.

Et finalement, pour le stérilet, c’est de consulter un médecin qui pourra le poser, et ce, dans un délai plutôt court.

Délai et efficacité

D’ailleurs, parlant de délai. Nous arrivons à la section où je révèle pourquoi l’appellation «pilule du lendemain» me rebute un peu. Quand on utilise cette expression, on a l’impression qu’on a seulement 24h pour y avoir recourt, non ? Vous pourrez vous coucher moins niaiseux ce soir ; la COU peut être utilisée jusqu’à 5 jours après la relation ! Mais bon, on vous recommande quand même le plus tôt possible, car plus on attend, plus l’efficacité diminue.

Étant donné que des chiffres, c’est très parlant pour plusieurs, j’ai sorti les statistiques d’efficacité et je les ai mis en diagramme. Comme ça, les gens qui ne s’entendent pas bien avec les chiffres seront contents aussi !

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Crédit photo : Meggan Bergeron

En ce qui concerne le temps écoulé de 73 à 120h, l’efficacité peut être plus limitée, mais valoir tout de même la peine d’être essayée.

Dépassé 5 jours, ou même 3 jours, le stérilet entre en scène. Celui-ci a une efficacité de près de 99% et peut être employé en tant que contraception d’urgence jusqu’à 7 jours. Bien que ça ait l’avantage de pouvoir être laissé en place pour une contraception à long terme, ça n’est pas à prendre à la légère, car cela implique une intervention qu’on dit «invasive» (Tsé, faut le mettre en place, dans l’utérus).

Effets indésirables

Et oui, ça en a. C’est un médicament et qui plus est, une forte dose d’hormones. C’était un peu pas mal certain !

Si ça peut cependant en rassurer certaines, 50% s’en sortiront sans problème.

Sinon, en y allant de façon non exhaustive, on va surtout parler de nausées, vomissements, «spotting» (Des saignements vaginaux random que toutes les femmes haïssent, car justement, ils sont random) et changement de la date prévue des règles (On va plus souvent voir des retards).

Si la femme est sujette à des nausées faciles, elle pourra peut-être se faire recommander un antiémétique (Médicament contre la nausée). Dans les faits, ce qu’on craint surtout, c’est les vomissements. En effet, ceux-ci pourraient engendrer un «coming back» hors du corps de la COU avant qu’elle ait eu le temps de faire sa job !

Interactions

Il existe quelques interactions, mais je ne comptais pas me lancer là-dedans, car ce n’est pas si pertinent que ça. Principalement, il s’agit de médicaments, mais aucun n’empêche catégoriquement l’emploi de la COU.

MYTHES

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Crédit photo : Norman fait des vidéos
  1. La COU est un avortement.

FAUX. En effet, pour être enceinte, il faut que la nidation ait eu lieu. Celle-ci commence 5 à 7 jours après la fécondation (Après la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde) et c’est alors qu’on est considéré comme enceinte. Or, la COU agit avant la nidation. Si une femme enceinte tente de prendre la COU, celle-ci ne fonctionnera tout simplement pas.

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Crédit photo : https://poulettedebresse.files.wordpress.com
  1. Il y a une augmentation des risques d’AVC.

FAUX. Il s’agit ici d’un risque que l’on associe aux contraceptifs oraux pris sur une base régulière. Étant donné la durée de prise très courte de la COU, ce risque n’est pas présent.

  1. Il y a une augmentation des risques de grossesse ectopique.

FAUX. Et c’est tout ce que j’avais à dire sur le sujet.

  1. Toutes les options de COU nuisent à l’allaitement maternel.

FAUX. Les progestatifs ne nuisent pas à l’allaitement. Les oestrogènes nuisent. Si la méthode employée est le lévonorgestrel, il n’y a pas de risques !

  1. Une mineure de 13 ans peut se procurer la COU sans le consentement de ses parents.

FAUX. L’âge légal de consentement aux soins est 14 ans. Cependant, les parents ou tuteurs légaux ont accès au dossier d’un mineur jusqu’à sa majorité. Ce qui veut dire qu’une jeune fille de 16 ans pourrait avoir recourt à la COU, ne pas le dire à ses parents et ceux-ci pourraient l’apprendre quand même via son dossier pharmacologique.

  1. La COU protège contre les ITSS.

Naturellement, FAUX. La COU n’a aucune action sur les ITSS. Le préservatif reste l’option de choix contre les ITSS. Tant qu’à être dans le sujet, voici 5 choses à savoir sur les ITSS.

  1. La COU peut être prescrite «au cas où».

VRAI. HA HA, je vous ai eu ! Une telle prescription peut être faite dans certaines situations particulières. Par exemple une patiente qui prend un médicament tératogène (Médicament pouvant avoir un effet néfaste sur le fœtus).

PARTICULARITÉS

C’est ici que je «plogue» une petite partie de ma profession : afin d’en faciliter l’accessibilité, la contraception orale d’urgence peut être prescrite et servie par le pharmacien.

Poids VS efficacité

En mars 2014, Santé Canada a émis un avis comme quoi le lévonorgestrel, la molécule de la COU, pourrait être moins efficace chez les patientes pesant de 75 à 80 kg et qu’il ne serait pas du tout efficace chez les patientes de plus de 80 kg. C’est un avis qui a apporté beaucoup de questionnements sur plusieurs points. Au départ, je vous avais pondu un joli paragraphe sur le sujet, j’avais trouvé quelques études publiées après l’avis, mais plus je cherchais, plus le sujet devenait complexe et nuancé. J’ai donc décidé de tout effacer et de m’en tenir à une phrase magique : Faites confiance à votre professionnel de la santé si jamais il vous prescrivait du lévonorgestrel et que vous pesez plus de 75 kg. Il l’aura fait en utilisant tout son jugement clinique et parce qu’il considère qu’il s’agit de la meilleure option.

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Crédit : Looney Toons

Meggan Bergeron

Étudiante en pharmacie

SOURCES

Contraception d’urgence, Directives clinique de la SOGC, 2012

Manuel d’autoformation sur la COU, OPQ et MSSS, 2002

Gemzell-Danielsson KKardos Lvon Hertzen H. Impact of bodyweight/body mass index on the effectiveness of emergency contraception with levonorgestrel: a pooled-analysis of three randomized controlled trials. 31 décembre 2015. PubMed. PMID:26368848

Levonorgestrel and ulipristal remain suitable emergency contraceptives for all women, regardless of bodyweight. 24 juillet 2014. European Medicines Agency.

Stérilet de cuivre, Fédération du Québec pour le planning des naissances, 14 septembre 2016

Crédit photo couverture : https://2.bp.blogspot.com

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3 commentaires sur « La COU : pilule du lendemain? »

  1. Bonjour, Je crée ce post pour poser une questions qui me tracasse bcp : est-ce que la pilule du lendemain diminue l’effet contraceptif de la pilule « normale » si on continue à la prendre de manière normale? Je m’explique, j’ai oublié ma pilule un soir, mais l’ai prise le lendemain matin avec moins de 12h depuis l’heure de l’oubli, mais j’ai paniquée et j’ai tout de meme pris une pilule du lendemain… la pharmacienne m’avait dit de surtout se proteger durant 2semaines apres la prise de la pilule du lendemain, m’a-t-elle dit cela parce qu’il y a un delai à respecter pour que la pilule redevienne active apres l’oubli (ce qui ds ce cas n’est pas d’actualité pour moi) ou bien est-ce parce que la pilule du lendemain modifie l’effet de la pilule? Voilà, j’espere que vous pourrez me repondre et m’éclairer.^^ Merci d’avance.

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    1. Bonjour,
      C’est une très bonne question! La protection recommandée après la COU concerne le temps avant que la pilule contraceptive normale redevienne active, car la COU n’a pas d’effet de modification sur la pilule contraceptive. Cependant, dans l’exemple que vous énoncez, lors de la prescription de la COU, la pharmacienne a évalué votre dossier et si elle vous a conseillé une protection de 2 semaines, c’est qu’il doit y avoir des conditions particulières qui le recommandent. Les informations manquantes sur votre condition sont assez importantes et nous ne pouvons que vous recommander de suivre les directives conseillées par votre pharmacienne. En effet, des facteurs aussi simples que la semaine du cycle menstruel ou la sorte de pilule peut influencer le recours à la COU ou les recommandations suivant la prescription de celle-ci.
      Cordialement,
      Meggan
      Étudiante en pharmacie

      J'aime

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