«Le médicament que je prends entre en interaction avec un autre» C’est-à-dire ?!

Pour mon tout premier article, je n’ai (heureusement) pas eu à réfléchir bien longtemps. En pharmacie, on va parler aussi souvent d’effets secondaires que d’interactions. Et on va vous le dire : ce médicament a une interaction avec [insérez ici un médicament/un aliment/etc.], il faut donc changer le médicament/le moment de prise/etc. Il est assez clair dans notre tête de professionnel de la santé ce qu’est une interaction et on peut parfois la pitcher sans se poser de questions. Ho, il ne s’agit pas ici de négligence de notre part de mettre de côté l’explication, car ce n’est pas si simple (même pour nous !) et on ne veut pas vous retenir des heures ! Nous trouvons beaucoup plus important de vous expliquer la façon de le prendre, les effets escomptés, les effets secondaires et toutes les autres particularités pour lesquelles nous voulons que votre attention soit à son maximum. Néanmoins, ça ne veut pas dire que ça ne vous intéresse pas, d’où le sujet de cet article : c’est quoi une interaction médicamenteuse ?

QU’EST-CE QU’UNE INTERACTION MÉDICAMENTEUSE ?

Selon notre bon ami Wikipedia (on ne peut pas toujours lui faire confiance, mais il est pas pire en définition), «l’interaction médicamenteuse est une situation qui résulte de l’administration concomitante ou successive de deux ou plusieurs médicaments (ou parfois d’autres substances comme certains aliments) chez un même patient et dans laquelle l’une des substances absorbées affecte l’activité thérapeutique d’un ou plusieurs des autres médicaments administrés». En gros, il y a au minimum deux substances qui se retrouvent en même temps dans le corps du patient et ça cause des problèmes à l’un d’eux au niveau de ses effets, si ce n’est pas les deux.

Une interaction entrainera une modification à la hausse ou à la baisse de l’effet thérapeutique de l’un des produits, ce qui peut se traduire par une diminution ou une majoration de l’effet escompté. Il peut aussi y avoir apparition d’effets secondaires* ou une augmentation de ceux-ci.

* Petit aparté : en médecine moderne, «effets secondaires» et «effets indésirables» sont couramment utilisés de façon interchangeable. Personnellement, je tends à utiliser «effets secondaires» puisque ceux-ci ne sont pas toujours indésirables et peuvent être utilisés pour rechercher certains effets. Les deux termes restent cependant adéquats.

Apparition d’effets secondaires à cause d’une interaction ? WHY ?

Malheureusement, malgré tous les avancements de la science, nous n’en sommes pas encore à viser très très très précisément un seul effet. Tous les médicaments, sauf exception près, auront des effets secondaires du fait de leurs actions sur d’autres récepteurs. C’est ce qu’on appellera la sélectivité d’un médicament et elle variera en fonction de certains facteurs. Alors, si une interaction permet d’augmenter l’effet d’un médicament, cela touchera autant l’effet voulu que les effets secondaires.

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Crédit photo : Dr. K’s Exotic Animale ER

Un instant ! Qu’est-ce qu’un récepteur ? C’est un petit copain qui accueille la molécule du médicament et qui lui demande «Hey Buddy ? Ça va ? Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?» Et ensuite, ben ils vont parler ensemble pour que le récepteur fasse ce que la molécule lui demande. On parle ici d’une liaison entre la molécule et le récepteur.

COMMENT ÇA FONCTIONNE ?

Tout d’abord, on répertorie principalement deux types d’interactions : pharmacodynamiques et pharmacocinétiques.

Interactions pharmacodynamiques

Un médicament va influencer l’effet d’un autre en allant interagir avec des récepteurs, les isoenzymes du cytochrome P450. Dans le langage courant, on utilise aussi enzyme pour le cytochrome et substrat pour le médicament.

Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un cytomachinchose ? Ce sont des enzymes que l’on retrouve le plus souvent dans le foie, même si certaines familles sont plus étendues dans le corps. Les cytochromes peuvent avoir deux actions. Ils peuvent contribuer à cleaner notre corps en métabolisant le médicament, qui peut ensuite être éliminé. Ils peuvent aussi aider au fonctionnement même de certains médicaments, qu’on appelle pro-médicaments, car leur action sur ces derniers permet leur activation.

Si un médicament veut en tasser un autre, il pourra s’y prendre de plusieurs façons. Là, vous vous direz, y’est ben mean ce médicament-là. Mais personnellement, je ne connais pas sa vie ni celle de l’autre. Je ne suis pas là pour juger lequel mérite réellement sa place auprès du récepteur.

Le deuxième médicament pourra par exemple être plus charismatique et le récepteur le préfèrera. Dans cette situation, on parlera d’inhibition compétitive et la molécule la plus charismatique sera considérée comme l’inhibiteur.

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Crédit photo : Slide Player

L’autre médicament peut aussi être juste smath et convaincre le récepteur de ne pas faire ce que l’autre médicament désire. Pour se faire, il va derrière celui-ci, pour lui parler en privé. Lorsque l’autre substrat viendra parler au récepteur, celui ne voudra rien entendre. Il n’en résultera aucun effet pour les deux partis. C’est ce qu’on appelle une inhibition non compétitive. On dit aussi que la molécule inhibitrice se lie à un site allostérique, qui est un autre site de liaison que celui employé normalement. Pourquoi je considère qu’il est smath ? La majorité des médicaments ne pouvant parler au récepteur et donc, ne pouvant être métabolisé, ne pourra être éliminée tout de suite. Tout dépend de ce qu’un médicament veut. J’assume que leur gros fun dans la vie est d’avoir un effet sur notre corps. En plus que l’autre médicament a fait ça sans rien y gagner.

Un autre scénario possible est l’induction enzymatique. Dans cette situation, on aura un autre médicament qui viendra rameuter d’autres enzymes afin que la job soit faite plus vite. Plus de molécules pourront être métabolisées et donc éliminées. Rendu là, c’est être mean à grande échelle. En plus que ce médicament n’y gagne rien, à moins d’être lui-même métabolisé par cette enzyme.

Mes smath/mean assument qu’il s’agit de médicaments classiques, qui seront éliminés à la suite de la métabolisation. En cas de pro-médicaments, les rôles s’inversent, puisque je le rappelle, la métabolisation les activera !

Interactions pharmacocinétiques

On parle ici d’altérations, de la façon que notre corps emploie afin d’éliminer le médicament.

On aura modification de la vitesse d’absorption (le médicament qui entre dans le corps), de la distribution (le médicament en route pour son site d’action), de la biotransformation (mécanisme permettant l’élimination. La métabolisation par les cytochromes en est un) et de l’excrétion (élimination pure et simple) d’un autre médicament.

Cela peut se faire de diverses façons via divers mécanismes. L’un des bons exemples est l’interaction ciprofloxacine (antibiotique de la classe des fluoroquinolones) et les produits laitiers. Pour y aller simple avec l’explication de cette interaction, lorsque notre charmant antibiotique arrive dans notre système digestif, il peut rencontrer des produits laitiers si vous en avez consommé. Or, ces derniers contiennent du calcium. Le calcium pourra alors prendre possession de votre antibiotique, le retiendra bien fort et diminuera son absorption puisqu’il l’emmènera avec lui.

AUTRES INTERACTIONS

Mais là, tu as parlé d’interactions entre médicaments seulement. Y’a pas autre chose qui peut agir ? Oui. Si on reprend mes amis les cytochromes, il y a plusieurs facteurs pouvant jouer sur leur activité :

  • Nutrition (diète)
  • Tabagisme
  • Alcool
  • Médicaments (comme nous en avons déjà parlé)
  • Pollution
  • Polymorphisme génétique (un beau mot ayant l’air intelligent qui veut simplement dire que la personne a, à cause de sa génétique, un fonctionnement de ses cytochromes différent de la normale)
  • Âge
  • Pathologies
  • Produits naturels (je ne soulignerai jamais assez l’importance de consulter votre médecin ou votre pharmacien si vous prenez des médicaments et souhaitez employer des produits de santé naturels)

Ces facteurs peuvent interagir avec des médicaments au même titre que des médicaments !

Par exemple, dans les produits naturels, le millepertuis est un fléau méconnu ! Cette plante semblant si inoffensive (c’est une plante, tsé !) entre en interaction avec une liste interminable de médicaments, comme la pilule contraceptive ou encore certains antidépresseurs. Des médicaments que vous prenez peut-être !

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Millepertuis – Crédit photo : http://media.gerbeaud.net/2015/01/640/millepertuis-hypericum-forrestii.jpg

Dans le même ordre d’idées, j’aimerais citer mon exemple préféré : les médicaments de la famille des statines (médicaments pour traiter le cholestérol) et le pamplemousse. Notre ami pamplemousse aime bien ça aller faire son inhibiteur du CYP450 3A4 et nuire à l’élimination des statines telles que l’atorvastatine (Lipitor de son p’tit nom commercial) et donc augmenter son action, mais surtout, ses effets secondaires. Un simple fruit, très bon au déjeuner malgré le fait qu’il faut quand même gosser avec une petite cuillère pour essayer de le manger (d’ailleurs, il existe des petites cuillères exprès pour ça avec des dents. C’est ben pratique si vous aimez le pamplemousse. Mais je vous le déconseille si vous prenez des statines.), peut donc être dangereux pour votre santé. Toutefois, ce genre d’interaction se gère, à l’aide de votre pharmacien par exemple. Il vous conseillera de ne pas en manger si vous êtes sous traitement de statines. Ou encore, si vous y tenez vraiment, que votre vie soit trop terne, il vous sera possible d’en manger quand même. À condition d’être constant en quantité, et ce, tous les jours. Sans oublier l’entente avec le médecin afin d’ajuster votre médicament en conséquence, à la baisse naturellement.

CONCLUSION

Cette très longue déviation sur le pamplemousse et le Lipitor vient mettre fin à mon article, mais ouvre la porte à discuter de la gestion de vos professionnels de la santé à l’égard des interactions médicamenteuses. Comme mon exemple le démontre, il y a de nombreuses solutions disponibles afin de vous assurer un traitement optimal et sécuritaire. Et, bien que nous tentons toujours pour votre santé de connaitre toutes les interactions, ça en fait beaucoup à savoir par cœur. Mais soyez rassurés, nous avons à notre disposition tout un arsenal de sources numériques ou papiers. Ces bibles et notre jugement clinique sont nos meilleurs alliés.

Bien sûr, le sujet des interactions médicamenteuses peut être abordé sur encore des lignes et des lignes, car bien d’autres concepts interviennent. Mais mon but n’est pas de vous endormir. En espérant que cela vous aies renseigné ou permis de flasher dans un party de famille!

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Crédit photo : Looney Tunes

Meggan Bergeron

Étudiante en pharmacie

SOURCES

  • Le corps de l’article ainsi que plusieurs définitions sont tirées d’un cours de madame Chantale Simard, B. Pharm., Ph.D., professeure titulaire à la Faculté de Pharmacie de l’Université Laval. Automne 2014.
  • Wikipédia (Corroborer les définitions)
  • ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Section sur les interactions médicamenteuses. Lien internet : http://ansm.sante.fr/Dossiers/Interactions-medicamenteuses/Interactions-medicamenteuses/(offset)/0
  • Lexicomp et Micromedex (Afin de bien expliquer les exemples d’interactions)
    • Liens internets : http://online.lexi.com.acces.bibl.ulaval.ca/lco/action/doc/retrieve/docid/fc_rnp2/3750366 et http://www.micromedexsolutions.com.acces.bibl.ulaval.ca/micromedex2/librarian

 

Crédit photo couverture : http://www.type2nation.com

 

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