6 mythes sur la psychothérapie

Depuis que j’ai débuté mes études collégiales et universitaires, j’ai entendu plusieurs mythes/choses/idées/préjugés/jugements à l’égard de la psychothérapie. «C’est quoi, on passe des séances entières couchés sur un divan à parler de notre enfance pour se dire qu’elle ne fut pas belle?» En fait, non, on ne parle pas de ça et on ne juge pas ça. Je tenais à vous faire un topo sur les nombreux mythes/choses/idées/préjugés/jugements répandus, puisque ceux-ci peuvent peut-être vous freiner de consulter en psychothérapie pour un problème X que vous estimez ne valant pas la peine d’être entendu, ce qui est très dommage. Sans plus tarder, voici les 6 mythes, oui, oui, 6 mythes que l’on entend sur la psychothérapie ! À noter que je me suis inspirée de quelques articles portant sur les mythes en lien avec la psychothérapie que voici ici et ici.

Source : South Park (Comedy Central)
Source : South Park (Comedy Central)

1. Il faut avoir un diagnostic et il faut vraiment «être dérangé» pour consulter un psy

«Moi je connais quelqu’un qui a consulté et ishh, ayoye elle avait de besoin parce que tu sais, tu la vois qu’elle fait des trucs bizarres et tout là, en plus qu’elle a un diagnostic.» «J’aimerais consulter, par contre, je n’ai pas reçu de diagnostic.» Ok. Ouais, ce sont quelques mythes qui sont malheureusement trop répandus dans la société. En réalité, ce n’est pas nécessaire d’avoir un diagnostic lorsque vous allez en psychothérapie. Il est fort possible qu’avant la psychothérapie, le psychologue/psychothérapeute vous évalue par divers moyens afin d’orienter la manière d’intervenir auprès de vous. Cela permet de mieux vous connaître et de faire une meilleure psychothérapie tout en tenant compte de ce que vous désirez travailler, SANS QUE L’ON APPOSE UN DIAGNOSTIC (Le diagnostic est un acte que seuls les médecins/psychiatres peuvent faire).

Par la suite, le fait «d’être dérangé», bon… D’abord, ce terme péjoratif contribue malheureusement à stigmatiser davantage la personne. Ensuite, si on considère que pour consulter, la sévérité du trouble ou du problème doit être plus grave, cela est partiellement faux. En fait, certaines personnes consultent pour traiter un trouble, par exemple une dépression ou de l’anxiété généralisée. Par contre, d’autres personnes consultent pour améliorer leur capacité à gérer le stress du quotidien ou pour améliorer leur vie de couple. Plusieurs raisons peuvent être pertinentes pour aller consulter un psychologue/psychothérapeute. Tout le monde mérite d’être aidé !

Source : Buzzfeed.com
Source : Buzzfeed.com

2. Les effets de la psychothérapie ne sont pas ou peu efficaces et les médicaments font «la job»

En fait, dans certains cas, comme les troubles de la personnalité où les médicaments permettent de traiter quelques aspects du trouble, par exemple l’impulsivité, il demeure que la psychothérapie permet de travailler sur divers aspects que la médication n’arrive pas à traiter. Par exemple, il pourrait y avoir l’amélioration des habiletés sociales de la personne ou l’augmentation de la capacité à créer de meilleures relations. Selon certaines études, la psychothérapie serait tout aussi efficace que la pharmacologie et  la combinaison des deux serait bénéfique pour l’individu (Cuijpers et al., 2014 ; Huhn et al., 2014; Kamenov, Twomey, Cabello, Prina, & Ayuso-Mateos, 2016). Toutefois, il est à noter, comme décrit dans un de mes articles sur le trouble bipolaire, que la médication est un atout pour la personne, autant pour ses activités quotidiennes que pour la poursuite d’une psychothérapie (Miklowitz, 2009).

3. Avoir une attitude positive en tout temps te rendra plus fort; les gens qui sont plus faibles, négatifs et qui se plaignent tout le temps vont en thérapie

Cela revient un peu à un préjugé mentionné dans l’article de Pier-Luc sur les préjugés en santé mentale «avec de la volonté, une personne pourrait être plus normal» (Banville, 2016). Cependant, lorsqu’on parle de dépression, entre autres, le fait d’avoir une attitude plus positive n’aide en rien la personne et peut faire en sorte que de banaliser son problème peut contribuer à la stigmatiser. Donc, oui, la psychothérapie peut être grandement utile et cela ne veut pas dire que les gens qui consultent sont plus faibles. Une personne sur cinq, dans sa vie, aura un problème de santé mentale (Smetanin, Briante, Stiff, Ahmad, & Khan, 2011). Alors il est possible qu’en ce moment la personne, dans sa vie, ait besoin de soutien et que ce soutien soit de la psychothérapie.

Source : Parks and Recreation (ABC)
Source : Parks and Recreation (ABC)

4. Une fois que tu commences une psychothérapie, tu vas y rester pour très longtemps !

Dans les faits, oui, une psychothérapie peut paraître longue, puisque plusieurs séances sont nécessaires pour avoir les résultats escomptés. Cependant, de là à parler de plusieurs années, ce n’est pas nécessairement le cas. Il demeure que la durée de la psychothérapie dépend beaucoup de la problématique rencontrée et de la manière dont la personne progresse dans la thérapie. Selon certains auteurs, il y aurait des effets durables et à plus long terme après avoir effectué une psychothérapie par rapport au groupe de comparaison qui n’avait pas reçu une psychothérapie (Steinert, Hofmann, Kruse,  & Leichsenring, 2014).

5. Parler de ses problèmes et de son passé ne fait que les empirer

Ce mythe est faux. Comme mentionné dans les points 2 et 4, bien que la psychothérapie peut amener des bouleversements chez la personne par les différents changements opérés, il demeure qu’à long terme, l’individu se porte mieux après une psychothérapie.

Source : South Park (Comedy Central)
Source : South Park (Comedy Central)

6. Le psychologue/le psychothérapeute va te donner des conseils

En réalité, cela est en grande partie faux. Le travail du psychologue/psychothérapeute n’est pas de donner des conseils. Au contraire, le psychologue va plutôt prêter une oreille attentive à votre réalité avec empathie. La personne est celle qui connait le mieux sa réalité, alors le psychologue/psychothérapeute va la questionner, l’amener à réfléchir sur sa réalité et lui offrir du support. Les conseils ne permettent pas nécessairement de bien comprendre le fonctionnement de la personne et il est possible que ce ne soit pas ce qui convient pour la personne, d’où le fait que peu de conseils sont réalisés au cours des séances. Si des conseils sont offerts, ce sera toujours fait avec une bonne connaissance de la personne tout en tenant compte les considérations de cette dernière.

Source : Parks and Recreation (ABC)
Source : Parks and Recreation (ABC)

Pour conclure, la psychothérapie est importante, tout comme une consultation chez le médecin lorsqu’on a des problèmes physiques. La psychothérapie a reçu au fil des années des appuis scientifiques importants et elle est reconnue comme efficace pour toute sorte de problème. Elle n’est aucunement mal en soi, bien au contraire. Bien qu’au cours de celle-ci, des remises en questions et des changements importants dans la vie peuvent émerger, il demeure qu’à long terme, les effets restent. Alors, comme dirait le petit français de cette vidéo-ci, je te dirais la même chose si tu as besoin de consulter pour toutes sortes de problèmes ou questionnements que vous avez : «Allez viens, on est bien, bien, bien!» … ou plutôt «Allez viens, tu te sentiras mieux, mieux, mieux !»

Sarah Porlier, Étudiante au doctorat en psychologie

Source de l’image couverture: ferdyonfilms.com, tiré du film A Dangerous Method.

Références

Cuijpers, P., Weitz, E., Twisk, J., Kuehner, C., Cristea, I., David, D., et al. (2014). Gender as predictors and moderators of outcome in cognitive behavior therapy and pharmacotherapy for adult depression: An “individual patient data” meta‐analysis. Depression and Anxiety31(11), 941-951.

Huhn, M., Tardy, M., Spineli, L. M., Kissling, W., Förstl, H., Pitschel-Walz, G., Leucht, C., Samara, M., Dold, M., Davis, J. M., & Leucht, S. (2014). Efficacy of pharmacotherapy and psychotherapy for adult psychiatric disorders: a systematic overview of meta-analyses. JAMA psychiatry71(6), 706-715.

Kamenov, K., Twomey, C., Cabello, M., Prina, A. M., & Ayuso-Mateos, J. L. (2016). The efficacy of psychotherapy, pharmacotherapy and their combination on functioning and quality of life in depression: a meta-analysis. Psychological Medicine, 1-12.

Miklowitz, D. J. (2009). Dans I. H. Gotlib, & C. L. Hammen (Eds.) (pp. 604-623). Handbook of Depression, 2e éd., New York, NY: Guilford Press.

Smetanin, P., Briante, C., Stiff, D., Ahmad, S., & Khan, M. (2011). The life and economic impact of major mental illnesses in Canada: 2011-2041. Préparé pour la Commission sur la santé mentale au Canada (Mental Health Commission of Canada). Toronto: RiskAnalytica.

Steinert, C., Hofmann, M., Kruse, J., & Leichsenring, F. (2014). Relapse rates after psychotherapy for depression–stable long-term effects? A meta-analysis. Journal of Affective Disorders168, 107-118.

 

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