L’infirmière en salle d’accouchement

Dans l’article suivant, je n’ai pas la prétention de croire que mes écrits généralisent le travail en salle d’accouchement (oh que non !) Je comprends qu’il y a divers milieux et diverses pratiques. Par contre, j’aimerais vous parler de mon travail en salle d’accouchement dans mon petit hôpital de région. (Coucou à mes consœurs, vous êtes les meilleures !)

DRING, DRING ! (Ça, c’est un téléphone qui sonne) Généralement, tout commence par un appel. Souvent, c’est la future maman qui appelle sur l’unité parce qu’elle se questionne sur sa grossesse. Parfois, c’est le futur papa, parce que la future maman n’est pas disposée à parler !

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Crédit photo : The Simpsons

Je vous épargne la panoplie de raisons pour lesquelles les futurs parents appellent puisque je pourrais écrire 12 articles à ce propos. Bon, les principales raisons sont : des contractions, une perte de liquide, un bébé qui bouge moins, un traumatisme, un saignement, sans oublier les patientes ayant rendez-vous (induction, monitoring, laboratoires, etc.) qui désirent confirmer qu’on peut les recevoir.

Déjà là, on travaille à l’aveuglette, sans voir notre patiente. Après un petit questionnaire, deux options possibles selon notre évaluation téléphonique : on demande la patiente de se présenter sur l’unité OU on donne quelques conseils et elle reste chez elle/consulte ailleurs.

Ah, et parfois ça se passe comme suit…
Infirmière : «Salut Cynthia, tu as appelé tantôt, on t’attendait !»
Patiente : «Euh… Moi c’est Julie !» Petite confusion…

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Crédit photo : Dr. House

Effectivement, en salle d’accouchement, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Que ce soit l’arrivée imprévue d’une patiente ou encore l’arrivée d’une patiente en ambulance !

Bon, chaque patiente qui arrive à l’unité est évaluée par une infirmière. Là encore, deux options sont possibles selon l’évaluation : on admet la patiente OU on la congédie. (Généralement, on donne quelques conseils pour qu’elle ne soit pas dans le néant !)

N.B : cette décision peut se prendre en 0.2 seconde… ou encore plusieurs heures !

Je ne m’étalerai pas sur ce qui arrive à celles qui ont congé. Vous vous doutez bien qu’elles quittent et vont vivre au gré du vent ! Pour celles qu’on garde à l’hôpital, j’ai mis quelques thématiques à l’avant dans le texte à venir… J’ai tenté de synthétiser mes idées, parce que je pourrais écrire éternellement sur le travail en salle d’accouchement !

L’évaluation du bien-être fœtal et maternel

Le bien-être fœtal est évalué de deux manières : avec un monitoring continu (on regarde le p’tit cœur en continu) OU par auscultation intermittente (on écoute le p’tit cœur une fois de temps en temps). Dans les deux cas, on évalue aussi les contractions et l’état général de la patiente (Elle perd du liquide ? Elle est dans le bain ? Elle dort ? Elle est calme ? Elle grimpe dans les rideaux ? Elle casse les doigts de son chum ? Elle contracte trop ? Elle ressemble à la p’tite fille dans l’exorcisme ? Papa ressemble à un chevreuil sur l’autoroute 15 ? et j’en passe !)

Exorcisme
Crédit photo : What to Expect When You’re Expecting

La douleur

Une énooooorme partie de notre travail consiste aussi à accompagner la patiente (et les personnes importantes pour elle) face à la douleur. C’est alors qu’on utilise nos précieux alliés… Le ballon, le bain, la barre d’étirement, la mobilisation, la respiration, les points de pressions, la chaleur, etc. Ah et on utilise aussi la patiente. Tsé faut qu’elle participe pour que ça marche ! Parfois, l’administration d’analgésiques et/ou d’une péridurale est faite. Je ne vous donnerai pas un cours de morale sur la péridurale. (Je tiens à m’éloigner de ce genre de débat sociétaire sur les réseaux sociaux) Tout ce que j’ai à dire c’est que, selon les situations, je pense honnêtement que la péridurale est parfois une alliée nécessaire et parfois une ennemie, puisqu’elle a ses impacts sur le déroulement du travail.

La médication

Antibiotiques (pour les bibittes) analgésiques/péridurale (pour la douleur) insuline (pour le sucre), solutés (pour 1001 raisons), antihistaminiques (pour quand ça pique), ocytocine (ça, c’est le médicament qui «donne des contractions»… j’en parlerai plus loin !), antiémétiques (pour quand la nausée se pointe), etc, etc. Tous ces médicaments sont utilisés en salle d’accouchement au besoin !

L’ocytocine

Parfois, quand on veut provoquer ou accélérer l’accouchement, on l’utilise pour donner un kick aux contractions. Elle est administrée selon divers protocoles/ordonnances. On l’administre aussi à la naissance du bébé en injection afin de diminuer les risques d’hémorragie post-partum. (AMPRO, 2016)

Les zones grises

La salle d’accouchement, c’est le milieu par excellence des zones grises. On se questionne pratiquement tout le temps en équipe pour orienter nos conduites !

Les liquides biologiques

Ah ! La salle d’accouchement, cet endroit spécial où se mélangent toutes les émotions du Monde et tous les liquides biologiques (ou presque !) Oui, oui, dans un shift, on peut voir du sang, de l’urine, des selles, du vomit, du liquide amniotique, des larmes, de la morve, de la salive, de la sueur, des sécrétions… Joie, bonheur et bon appétit !

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Crédit photo : 2 Broke Girls

Les touchers vaginaux

Sans oublier les examens vaginaux. Parce que oui, on doit évaluer le col utérin de la patiente. On évalue, entre autres, la dilatation (l’ouverture du col), l’effacement (la longueur du col), la position et la hauteur du bébé. Ça a l’air facile et évident vite comme ça, mais croyez-moi mesdames… Vous êtes toutes très différentes ! Le toucher vaginal est un art complexe qui peut prendre beaucoup de temps avant d’être bien maîtrisé. Le but ultime pour accoucher est d’avoir un dilatation à 10 centimètres et un effacement à 100% puisque c’est à ce moment qu’on peut débuter la poussée (généralement !)

La poussée

C’est un moment intense ! Certaines femmes éprouvent un soulagement quand vient le moment de pousser, alors que d’autres n’aiment pas cette sensation. Quoi qu’il en soit, on pousse avec vous ! Chaque professionnel possède sa façon bien à lui d’encourager la patiente, mais de manière générale, on emploie le bon vieux : «Pousse, pousse, pousse, oui, t’es capable, t’es bonne, super !» Cette partie de l’accouchement peut prendre quelques secondes… Ou quelques heures. Si la situation le permet, dès la naissance, on installe le bébé en peau à peau.

Pousse
Crédit photo : Knocked Up

La joie intense…

Le premier pleur. Un grand cri qui rassure les parents. La salle d’accouchement, c’est un endroit où on peut côtoyer la joie à son apogée quand ça se passe bien. Accompagner les parents dans un moment aussi intense, intime et unique qu’est la naissance de leur enfant est un honneur. C’est extrêmement gratifiant et valorisant. Chaque naissance est pour moi un moment spécial et c’est un privilège de pouvoir participer à l’arrivée d’un petit être humain au Monde.

Et parfois les complications…

Je me fais souvent dire : «OMG tu as la plus belle job du Monde !»

Je réponds alors : «Quand tout va bien, je considère que j’ai la plus belle job au Monde. Quand ça va mal, j’ai vraiment la pire.»

Œuvrant dans un «petit centre», on procède parfois au transfert de nos patientes et de nos bébés puisque nous devons leur offrir les meilleurs soins. Merci à mes collègues des «grands centres» qui prennent la relève haut la main, vous faites un travail extraordinaire !

Parfois, des complications hors de notre contrôle se présentent. Que ce soit une légère complication ou une urgence vitale, il faut agir rapidement. (On fait d’ailleurs plein d’exercices d’urgence pour se pratiquer durant l’année). Parfois, la rapidité de nos actions et nos interventions ont une influence concrète et positive sur la situation.

Malheureusement, il arrive que la vie soit fragile. Trop fragile. En salle d’accouchement, on côtoie la perte, le deuil, les mauvaises nouvelles… On accompagne les familles durant ces moments difficiles. Et pour répondre à une question qu’on me pose souvent, oui, on pleure.

Les gens

Dans le domaine de la santé, on s’occupe d’êtres humains. Et Dieu sait que des êtres humains, il en existe toute une gamme. Selon les familles avec qui on collabore, il faut s’adapter. Ce n’est pas toujours facile lorsque nos valeurs et nos idées sont heurtées.

Les notes au long

Allô la tendinite ! Bien entendu, une grande partie de notre travail est de TOUT, TOUT, TOUT consigner dans les notes infirmières. Il faut bien que les médecins se fient à nous pour que leurs notes médicales aient de l’allure tsé ! (Ceci est une petite blague, je ne fais pas de clivage envers les médecins… Je les adore !)

Les protocoles, ordonnances et procédures

«Oui, j’ai parti les antibios selon le protocole… Oui, j’ai déjà fait les labos d’admission… Oui, je l’ai mis sur moniteur… Oui, j’ai haussé le débit de la péridurale» La salle d’accouchement est aussi un milieu qui nécessite une mise à jour constante des connaissances et un jugement infirmier rigoureux puisque plusieurs actes sont faits de manière autonome. C’est aussi, selon moi, le paradis du protocole, de la procédure, de l’ordonnance et c’est parfois étourdissant ! Pratiquement tous nos actes sont guidés par ceux-ci de pair avec notre jugement clinique.

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Crédit photo : Resident Advisors

La césarienne

Il existe de multiples raisons pour pratiquer une césarienne. À ce moment, on tente de favoriser le peau à peau au bloc opératoire. Idéalement, une anesthésie régionale est faite, alors maman est éveillée durant l’opération !

L’interdisciplinarité et la communication

Travailler en salle d’accouchement, c’est aussi collaborer étroitement avec plusieurs autres professionnels de la santé (omnipraticien, gynécologue, anesthésiste, pédiatre, chirurgien, infirmier, inhalothérapeute, urgentologue, etc.) On travaille parfois aussi avec des accompagnantes à la naissance. On communique aussi continuellement avec la patiente et ses proches.

Bébé
Crédit photo : Knocked Up

Pour conclure, je dirais que mon travail comme infirmière en salle d’accouchement me procure une satisfaction immense. C’est un mélange d’autonomie infirmière, de techniques de soin, d’adrénaline, de formation, de collaboration interprofessionnelle et de bonheur !

Je vous laisse sur un petit lien menant au Portail d’information périnatale de l’INSPQ. Ce site expose différentes thématiques intéressantes sur les habitudes de vie, l’accouchement et la parentalité : https://www.inspq.qc.ca/information-perinatale

Stèphanie Nantel, B. Sc. Inf.

Crédit photo couverture : Storks

 

Références :
AMPRO (2016). Repéré à : http://www.amproob.com/
Portail d’information périnatale, INSPQ (2016). Repéré à : https://www.inspq.qc.ca/information-perinatale

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6 commentaires sur « L’infirmière en salle d’accouchement »

  1. Excellente description du travail d’infirmière en salle d’accouchement,tellement vrai que j’aurais pu l’écrire moi-même … car cette spécialité fait partie de ma carrière depuis plus de 35 ans. C’est un travail qui demande beaucoup d’empathie et d’altruiste mais qui donne beaucoup en retour. Que nous soyons dans la joie ou la tristesse tout es vrai et authentique alors cela nous permet de rester connectés sur les vrai valeurs de la vie. Bravo Madame !

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour Stèphanie, depuis un certain temps je me questionne beaucoup sur le travail d’une infirmiere en salle d’accouchement et après la lecture de ton article je crois bien que mon choix de carrière est décidé! J’aimerais te poser une question, quel étude je dois faire pour être infirmière en salle d’accouchement?
    Merci d’avance xx

    Aimé par 1 personne

    1. Salut Allison !

      Bien heureuse d’apprendre que nous aurons possiblement une recrue dans quelques années !

      Afin de devenir infirmière en salle d’accouchement (c’est une spécialité), tu dois faire ton cours pour devenir infirmière. Tu peux faire le DEC en soins infirmiers (au Cégep) ou encore le BACC en sciences infirmières à l’Université (après avoir fais tes sciences natures au Cégep). Tu peux aussi faire le DEC puis le BACC en sciences infirmières. Avec des études universitaires, tu porteras le titre d’infirmière clinicienne.

      Dans les deux cas, tu peux travailler en salle d’accouchement. Par contre, dans certains centres hospitaliers du Québec il y a des préalables (ancienneté, expérience, etc.)

      J’espère que cela répond à ta question et ne te gêne pas pour nous écrire au besoin.

      – Stèphanie

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