L’humeur dans toutes ses variations : Le trouble bipolaire

Vous ! Oui, vous !  Est-ce qu’on vous a déjà fait remarquer votre bonne humeur ou votre mauvaise humeur changeante en quelques heures ou minutes sans raison apparente ? Est-ce que vous avez déjà entendu quelqu’un vous dire, ou à quelqu’un d’autre, la chose suivante ? : «Voyons, t’es ben bipolaire toi!» Si la réponse est «oui» à une ou toutes ses questions, n’ayez crainte, plèbe ! Je vous demande d’attendre la fin de l’article avant de faire toute action que ce soit ! Donc, comme vous pouvez le constater, j’aborderai le trouble bipolaire. Le fait que l’on entende couramment des formulations comme celles citées plus haut témoigne d’une méconnaissance répandue sur le trouble bipolaire que je tenterai de démystifier. À vos crayons de couleur, de feutre, stylo, pinceau ou plume (dépendamment de l’époque de laquelle vous êtes). Prêts ? Commençons !

Une petite définition s’il vous plait !
Vous savez sans doute que mon ami, le DSM-V, va m’aider à vous expliquer ce qu’est le trouble bipolaire, hein ? Oui, mais comment passer à côté de ce dernier ? Maintenant, dans le DSM-V (2015), le trouble bipolaire comporte une section à elle seule, ce qui n’était pas le cas dans les autres éditions. Pourquoi ? Puisqu’il existe plusieurs sous-types de troubles bipolaires qui dépendent grandement de l’intensité, de la fréquence ainsi que de la durée des symptômes ou des épisodes maniaques et dépressifs. Cependant, je ne vais pas aller dans les détails, puisque c’est, disons euh, vraiment compliqué ! Tout de même, n’ayez crainte, plèbe, je vais tenter de simplifier le tout.

D’abord, pour le trouble bipolaire, la présence, dans l’histoire de vie de la personne, d’au moins un épisode maniaque ou hypomaniaque et la présence d’un épisode dépressif sont importantes afin de poser un diagnostic. En général, les épisodes se succèdent un à la suite de l’autre. Qu’est-ce qu’un épisode maniaque ? C’est une période, durant au moins une semaine, qui consiste à ce que l’humeur de la personne soit élevée, expansive ou irritable et ce, de façon anormale et persistante. Pendant cette même période, la personne peut manifester au moins trois symptômes parmi les suivants : Une augmentation de l’estime de soi ou des idées de grandeur (ex. vouloir déménager, ouvrir son entreprise, bâtir une nouvelle maison, etc.), une réduction du besoin de dormir, un discours rapide et théâtral, une fuite dans les idées, une distraction (rapportée par la personne ou par autrui), une augmentation de l’activité ou de l’agitation psychomotrice et un engagement excessif dans des activités agréables ou dangereuses. Il est possible de voir des épisodes maniaques qui durent moins longtemps, ce que l’on qualifie d’épisode hypomaniaque. Pour ce qui est de l’épisode hypomaniaque, les mêmes critères de l’épisode maniaque s’appliquent, mais ils doivent durer entre 4 et 7 jours. Lors des épisodes maniaques ou hypomaniaques, il est possible que la personne soit peu consciente de son état, puisque le fait d’être de bonne humeur, par exemple, n’est pas quelque chose qui est mal en soi. Au cours de ces périodes, l’individu peut, par exemple, faire des dépenses excessives jusqu’à un endettement important, avoir une sexualité plus excessive, déménager sur un coup de tête, vendre sa maison, acheter une deuxième propriété, avoir des comportements antisociaux, etc. Bref, il existe plusieurs exemples pouvant illustrer ce qu’est un épisode maniaque ou hypomaniaque pour un individu qui le vit. Lors d’un épisode maniaque, l’hospitalisation est grandement envisagée afin de limiter les conséquences que cela peut avoir autant pour la personne que pour son entourage (American Psychiatric Association, 2015).

Source: rubyetc (Tumblr)

Ensuite, pour le diagnostic d’un trouble bipolaire, il est important d’avoir la présence d’au moins un épisode dépressif. Il doit durer au moins deux semaines et au moins cinq symptômes parmi les suivants doivent être présents : Une humeur dépressive pour la plupart de la journée, une diminution de l’intérêt et du plaisir dans la plupart des activités quotidiennes, une augmentation ou une diminution du poids significative ou de l’appétit, de l’insomnie ou de l’hypersomnie (dormir plusieurs heures, mais l’individu rapporte que cela n’est pas récupérateur), une agitation ou un ralentissement psychomoteur, une fatigue ou une perte d’énergie pratiquement tous les jours, un sentiment de dévalorisation ou une culpabilisation excessive, une diminution de la concentration ou une augmentation de l’indécision et des pensées suicidaires récurrentes (American Psychiatric Association, 2015).

Source: PsychCentral

La prévalence, soit le pourcentage de personne dans une population donnée qui est touché par cette maladie, du trouble bipolaire est de 0,6%. La proportion d’hommes et de femmes touchée par le trouble est similaire. (American Psychiatric Association, 2015).

Trouble bipolaire ou trouble de personnalité limite?

Quelle est la différence entre le trouble bipolaire et le trouble de la personnalité limite ? (Ceci n’est pas une blague du genre «Quelle est la différence entre un acteur récompensé aux Oscars et une aspirine ?» (La réponse se trouve à la fin de l’article si cela vous intéresse.)) Dans les faits, contrairement à la blague susmentionnée, il y a une importante différence entre un trouble bipolaire et un trouble de la personnalité limite. Bien que les deux ont des variations pour ce qui est de l’humeur, la différence se situe au niveau du temps. Pour le trouble bipolaire, on parle d’un épisode maniaque (ou hypomaniaque) durant au moins une semaine, accompagné d’un épisode dépressif qui dure au moins deux semaines. Pour le trouble de la personnalité limite, on parle de changement d’humeur qui se déroule dans l’espace de quelques heures ou moins de quelques jours. Il est possible d’en apprendre davantage sur le trouble de la personnalité limite en lisant l’article que j’ai écrit sur le sujet.

Qu’est-ce qui peut causer un trouble bipolaire ?
Selon plusieurs études, le trouble bipolaire et la schizophrénie partagent les mêmes origines génétiques. Plus précisément, le fait d’avoir un parent ou un proche ayant un trouble bipolaire ou une schizophrénie augmente la probabilité de 10 fois d’avoir le trouble bipolaire. Pour ce qui est des causes environnementales, le trouble bipolaire est plus courant dans les pays industrialisés. Les personnes séparées, divorcées ou veuves seraient beaucoup plus à risque d’avoir un trouble bipolaire, comparativement aux personnes déjà mariées ou jamais mariées. Cependant, ces causes ne sont pas tout à fait claires. Pour ce qui est de l’évolution du trouble bipolaire, les premiers épisodes peuvent apparaitre entre 18 et 22 ans (American Psychiatric Association, 2015).

Source : Unbreakable Kimmy Schmidt

Traitement, traitement, traitement, oui ! Mais quoi?
Il existe plusieurs traitements en lien avec le trouble bipolaire. Allons-y d’abord avec les traitements pharmacologiques! Parmi les traitements pharmacologiques, il y a, entre autres, les psychorégulateurs de l’humeur, tel que le lithium ou les anticonvulsivants. Ceux-ci peuvent être combinés à la prise d’antidépresseurs. Ce traitement est relativement exigeant, puisque la prise de ses médicaments dépend grandement de l’épisode actuel. Le fait de ne pas prendre le bon médicament au bon moment peut avoir des conséquences fâcheuses pour l’individu. Donc, la bonne connaissance des cycles de son humeur est de mise !

Pour ce qui est des traitements psychologiques, il y a la psychoéducation qui consiste à donner de l’information autant à la personne qu’aux proches sur le trouble bipolaire. Pour ce qui est des psychothérapies individuelles, il y a principalement la thérapie cognitivo-comportementale, dont l’efficacité est grandement démontrée dans la littérature (Hofmann, Asnaani, Vonk, Sawyer, & Fang, A., 2012; Scott, Paykel, Morriss, Bentall, Kinderman, Johnson, Abbott, & Hayhurst, 2006; Szentagotai, & David, 2009).

Enfin, il est très important d’avoir une bonne hygiène de vie, puisque le trouble bipolaire est une maladie chronique et que l’on ne peut pas guérir de cela. Par hygiène de vie, on entend, entre autres, le fait de dormir 7 à 8 heures par jour, manger trois repas par jour, faire de l’exercice physique, tenter de minimiser la présence de stresseurs dans sa vie, réduire sa consommation d’alcool ou de drogues, etc. Cela permet d’aider la personne à davantage régulariser son humeur tout en diminuant les probabilités qu’elle sombre dans un épisode maniaque/hypomaniaque et/ou dépressif. Bien que le trouble bipolaire puisse engendrer des conséquences importantes autant pour la personne que pour son entourage, il demeure qu’il est possible d’avoir une bonne qualité de vie.

Sarah Porlier, étudiante en psychologie

P.S. : Maniaco-dépression est un ancien terme utilisé pour désigner une personne qui a un trouble bipolaire. Alors, les deux sont synonymes.

Références:

American Psychiatric Association. (2013). Bipolar and Related Disorders. Dans Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed.), Arlington, VA : American Psychiatric Association, p. 123-154.  

Hofmann, S. G., Asnaani, A., Vonk, I. J., Sawyer, A. T., & Fang, A. (2012). The efficacy of cognitive behavioral therapy: a review of meta-analyses. Cognitive Therapy and Research36(5), 427-440.

Scott, J. A. N., Paykel, E., Morriss, R., Bentall, R., Kinderman, P., Johnson, T., Abbott, R. & Hayhurst, H. (2006). Cognitive–behavioural therapy for severe and recurrent bipolar disorders. The British Journal of Psychiatry188(4), 313-320.

Szentagotai, A., & David, D. (2009). The efficacy of cognitive-behavioral therapy in bipolar disorder: a quantitative meta-analysis. The Journal of Clinical Psychiatry71(1), 66-72.

Source de l’image couverture: http://www.shutterstock.com/s/bipolar+disorder/search.html

Réponse de la blague : Aucune, les deux sont cons primés.

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