Trouble de la personnalité limite : Quand la limite entre l’intérieur et l’extérieur de soi est mince et complexe

«Toi là, je t’aime tellement, que je ne sais pas ce que je ferai sans toi. Mais là, je te hais sans bon sens, tu m’énarves! » Vous vous demandez sans doute qu’est-ce que je suis en train de vous dire, surtout que je ne vous connais pas beaucoup ? En santé mentale, certains troubles sont plus complexes à comprendre et à traiter. Parmi ceux-ci, on retrouve le trouble de la personnalité limite. Il amène plusieurs conséquences négatives, que ce soit pour la personne elle-même et pour son entourage. Qu’est-ce que c’est? Comment ? Pourquoi ? Ce sont les quelques questions auxquels je vais tenter de répondre !

Trouble de la personnalité limite, borderline, organisation limite de la personnalité… Même affaire ??

Plusieurs termes sont employés pour parler d’un trouble de la personnalité limite. En anglais, le terme «borderline» est employé. Le terme «organisation limite de la personnalité» est un autre terme également utilisé. Donc, OUI! Tous ces termes désignent une seule et même chose, soit le trouble de la personnalité limite. Dans ce texte, je vais utiliser inclusivement le terme «trouble de la personnalité limite» et l’abréviation «TPL»  pour éviter toute confusion et pour alléger le texte.

Vous êtes bien curieux de savoir ce qu’est le trouble de la personnalité limite, n’est-ce pas? Mais avant, il importe de définir ce qu’est un trouble de la personnalité. D’abord, selon le DSM-V, soit la bible diagnostique des problématiques de santé mentale, un trouble de la personnalité consiste à ce qu’un individu ait un patron durable dans le temps de comportement qui dévie de manière importante par rapport à ce qui est attendu au niveau culturel. Cette déviation de patron se manifeste dans au moins 2 sphères ou plus de catégorie de comportement parmi les suivantes: la cognition (ex. tout ce qui concerne la perception et l’interprétation que l’individu a de soi, des autres et des évènements au quotidien), l’affect (ex. la réponse émotionnelle de la personne; est-elle appropriée ou attendue par rapport à la situation? Est-ce que la personne peut facilement s’emporter par ses émotions? Est-ce que l’intensité de ses émotions est très faible ou très élevée?, etc.), le fonctionnement interpersonnel (ex. Comment est-ce que la personne se comporte avec les autres ? A-t-elle tendance à être arrogante avec autrui ou à les idéaliser ? ) et le contrôle de l’impulsivité (ex. Est-ce que l’individu prend des décisions sur des coups de tête ?).  Ces comportements rigides et envahissants doivent se retrouver dans un bon nombre de situations sociales et personnelles, en plus d’amener la personne à avoir une certaine détresse ou une altération de son fonctionnement. De même, ce patron de comportement est présent et stable depuis longtemps, soit à partir de l’adolescence ou au début de l’âge adulte.

Crédit: Fatal Attraction (1987)

«Bon puis là, là, c’est quoi dans le fond le trouble de la personnalité limite là ?» Maintenant que vous avez une bonne connaissance générale ce qu’est un trouble de la personnalité et que vous avez lu la description sommaire ci-dessus (sinon, je vous invite fortement à la consulter!), voici ce qu’est un trouble de la personnalité limite. Ce trouble consiste à avoir un patron instable, marqué et imprévisible dans la façon d’interagir avec les autres, dans l’image de soi, dans les émotions ainsi qu’une impulsivité importante. Ces comportements sont présents dans plusieurs contextes de vie de la personne, que ce soit au travail, avec la famille, avec les amis, etc. Toujours selon notre ami le DSM-V, pour le diagnostic de ce trouble, l’individu doit avoir au moins cinq critères ou plus parmi les suivants:

1) Un effort effréné pour éviter un abandon réel ou imaginé;

2) Un patron instable et intense dans les relations interpersonnelles caractérisé par une alternance entre l’idéalisation et la dévaluation (ex. la personne peut croire que vous êtes extraordinaire et indispensable pour elle et qu’à un autre moment, vous devenez sans importance et que vous êtes un moins que rien);

3) Perturbation de l’identité marquée et persistante de l’instabilité de l’image de soi ou de la notion de soi;

4) l’impulsivité est présente dans au moins 2 sphères qui sont potentiellement dommageables pour la personne elle-même – par exemple, la sexualité (avoir plusieurs relations sexuelles non protégées), l’abus de substance, la conduite automobile et la boulimie;

5) Des comportements suicidaires récurrents, des gestes, des menaces ou des comportements d’automutilation;

6) Une instabilité affective due à une grande réactivité dans l’humeur (ex. un épisode dysphorique intense, devient très irritable ou très anxieux durant pendant quelques heures, mais rarement plus que quelques jours);

7) Un sentiment chronique de vide;

8) Une colère intense et inappropriée ou une difficulté à contrôler la colère (ex. sautes d’humeur, colère constante ou des bagarres récurrentes);

9) Des idées passagères de persécution en lien avec le stress ou des symptômes dissociatifs sévères (American Psychiatric Association, 2015).

Des statistiques ? En bref, dans la population, on retrouve environ 1,6 à 5,9% des personnes qui ont un TPL. Il est principalement diagnostiqué auprès des femmes, environ à 75 % (American Psychiatric Association, 2015). Par ailleurs, le taux de suicide est plus élevé dans cette population et se situe environ à 10% (Skodol et al., 2002).

Crédit: Girl, Interrupted (1999).

Développement du trouble de la personnalité limite et les causes

En général, lorsque l’on parle de trouble de la personnalité, comme susmentionné, il est possible qu’il débute insidieusement à l’enfance.  Ensuite, il se développe de manière importante au cours de l’adolescence. Au cours de la vie, l’intensité des comportement diminue en fonction de l’avancement en âge de la personne. Des causes possibles du TPL? Pour ce qui est des causes en lien avec l’environnement social et familial, avoir vécu pendant l’enfance ou l’adolescence de l’abus physique, de l’abus sexuel, la présence de proche ayant un abus de substance, de la négligence, avoir vécu le décès d’un proche (ex. mère ou père) et la présence de criminalité dans la famille sont quelques causes pouvant amener au développement du trouble. Il y aurait des causes génétiques associées à la manifestation d’un trouble de la personnalité limite. Entre autres, avoir un proche au premier degré, par exemple un parent, ayant un trouble de la personnalité limite augmenterait le risque de cinq fois la probabilité de le développer (American Psychiatric Association, 2015). Cependant, aucun gène particulier ne serait identifié (Leichsenring et al., 2011). Certains facteurs neurobiologiques tel que des anomalies au niveau du cortex fronto-latéral, région du cerveau impliqué dans le contrôle de l’impulsivité et de la résolution de problème, et du système limbique, qui est en lien avec la régulation des émotions, seraient présents chez les individus ayant un trouble de la personnalité limite. Toutefois, davantage d’études sont nécessaires pour confirmer ces liens (Leichsenring et al., 2011).

Traitement : Une pilule, une petite granule, est-ce que ça s’applique ?

Certains traitements pharmacologiques sont prescrits pour des symptômes connexes au trouble. Par exemple, pour stabiliser l’humeur, il est possible de prescrire des antidépresseurs. L’impulsivité ou l’anxiété, des symptômes que l’on peut observer dans le trouble, peuvent être traité à l’aide de médicaments. Cependant, les moyens pharmacologiques utilisés ne traitent pas directement le trouble de la personnalité limite.

Crédit: Girl, Interrupted (1999)

Quels sont les autres moyens pour traiter le trouble de la personnalité limite ?

Il existe de nos jours d’autres moyens, combiné ou non, avec un traitement pharmacologique, et ce, tout aussi efficace pour traiter le trouble de la personnalité limite.  Roulement de tambour  … c’est ….  wait for it … la psychothérapie !  Bien sûr, une chance que cela existe ! Parmi les psychothérapies, il y a les thérapies sous l’approche cognitive-comportementale telles que la thérapie des schémas de Jeffrey E. Young (Kellogg & Young, 2006; Gisen-Boo, et al., 2006; Wetzelaer, et al., 2014) et la thérapie dialectique-comportementale de Marsha Linehan. Cette seconde a été développé spécifiquement pour les personnes ayant un trouble de la personnalité limite au cours des années 1990. Cette psychothérapie a démontré une efficacité probante pour traiter le trouble de la personnalité limite (Linehan, Armstrong, et al., 1991; Linehan, Comtois, et al., et al., 2006). En surplus, les thérapies de groupes et d’entraide sont également recommandées autant pour la personne que pour les professionnels de la santé en relation avec les individus ayant un trouble de la personnalité limite.

En terminant, je voulais vous transmettre quelques ressources utiles si vous êtes touchés de près ou de loin par cette maladie, puisqu’il demeure que c’est un trouble pouvant amener plusieurs conséquences pour la personne et pour son entourage. Il est  important de bien s’outiller pour mieux aider.

Crédit: Parks and Recreation

Sarah Porlier, étudiante en psychologie

Ressources:

Association québécoise des parents et amis de la personne atteinte de maladie mentale : http://www.aqpamm.ca

Fondation des maladies mentales : http://www.fondationdesmaladiesmentales.org

La boussole: http://www.laboussole.ca

Institut Victoria : http://www.institut-victoria.ca

Centre de traitement Faubourg St-Jean: http://www.institutsmq.qc.ca

Sources:

American Psychiatric Association. (2013). Personality Disorders. Dans Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.), Arlington, VA : American Psychiatric Association, p. 645-684.  

Gisen-Boo, J., Van Dyck, R., Spinhoven, P., van Tillburg, W., Dirksen, C., van Asselt, T., Kremers, I., Nadort, M., & Arntz, A. (2006). Outpatient Psychotherapy for Borderline Personality Disorder: Randomized-trial of Schema-focused Psychotherapy vs Transference-focused Psychotherapy. Arch Gen Psychiatry, 63, 649-658

Kellogg, S.H., & Young, J. E. (2006). Schema Therapy for Borderline Personality Disorder. Journal of Clinical Psychology, 62(4), 349-359.

Leichsenring, F., Leibing, E., Kruse, J., New, A. S., & Bewege, F. (2011) Borderline Personality Disorder. The Lancet, 377, 74-84.

Linehan, M. M., Armstrong, H. E., Suarez, A., Allmon, D., & Heard H. L. (1991). Cognitive-Behavioral Treatment of Chronically Parasuicidal Borderline Patients. Arch Gen Psychiatry, 48, 1060-1064.

Linehan, M. M., Comtois, K. A., Murray, A. M., Brown, M. Z., Gallop, R. J., Heard, H. J., Korslund, K. E., Tutek, D. A., Reynolds, S. K., & Lindenboim, N. (2006). Two-years randomized controlled trial and follow-up of dialectical behavior therapy vs. therapy by experts for suicidal behaviors and borderline personality disorders. Arch Gen Psychiatry, 63, 757-766.

Skodol, A. E., Gunderson, J. G., Pfohl, B., Widiger, T. A., Livesley, W. J., & Siever, L. J. (2002). The borderline diagnosis I: psychopathology, comorbidity and personality structure. Biological Psychiatry, 51(12), 936-950.

Wetzelaer, P., Farrell, P.,  Evers, S. M. A. A., Jacob, G.A., Lee, C.W., Brand, O., van Breukelen, G., Fassbinder, E., Fretwell, H., Harper, R.P.,  Lavender, A., Lockwood, G., Malogiannis, I. A., Schweiger, U., Startup, H., Stevenson, T., Zarbock, G., & Arntz, A. (2014). Design of an International multicentre RTC on group schema therapy for borderline personality disorder. BMC Psychiatry, 14, 319.

Source de l’image couverture: madamenoire.com

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