Préposés aux bénéficiaires : Les héros invisibles du système de la santé

Bien que j’aie la prétention de me nommer Le Malin-Firmier sur internet, je ne suis actuellement pas infirmier, mais bien préposé aux bénéficiaires (PAB). Et avant d’être PAB, pour être honnête, je ne savais pas vraiment ce qu’il accomplissait durant son quart de travail. Comme beaucoup, je croyais que leur travail se limitait à faire des toilettes, changer des culottes d’incontinence et essuyer du caca. Et bien, oui, c’est vrai, le PAB fait des toilettes, change des culottes et essuie du caca. Mais il fait tellement plus que ça. En effet, le PAB, lorsqu’il est dans son habitat naturel, il court aussi comme une poule sans tête. La seule différence avec la poule sans tête, c’est que le PAB a encore toute la sienne.

Le PAB bien entraîné sait aussi être acrobate à ses heures et semble tout droit sorti de l’école nationale du cirque. Avec une culotte dans la main, des sachets de savon entre les dents, des débarbouillettes dans l’autre main, des jaquettes autour du cou, un plateau de nourriture en équilibre sur la tête et son fidèle stylo dans la poche (qu’il a d’ailleurs probablement volé à un collègue), le PAB bien entraîné possède tous les outils pour passer au travers de sa journée. Il répond aux cloches, défait les lits, change les lits, rechange les lits nouvellement souillés, enlève les contentions, mobilise le patient, l’amène à la salle de bain, le nettoie, le ramène au fauteuil, remet les contentions, s’assure que le patient a bien uriné alors que sa vessie à lui est probablement pleine. Il vide les urinals, les stomies et les sondes urinaires, il s’inquiète du nombre de journée depuis la dernière selle de son patient, remplie les chariots, distribue les cabarets, ramasse les cabarets, fait manger les patients non-autonomes, remplie les bilans alimentaires, distribue les collations, rapporte les signes et symptômes du patient à son infirmière. Il s’assure de l’hydratation de son patient alors que lui, il n’a probablement pas bu depuis un certain moment.

Vous vous dites peut-être :«Mais, mais, mais, mais, mais… ça en fait beaucoup des choses»? Et bien, c’est loin d’être terminé. Non. Le PAB prépare aussi ses patients pour leur examen, il les transporte en fauteuil roulant, les transfert en civière, dévisse les pompes à soluté, visse les pompes à soluté, se bat avec les fils et les bonbonnes d’oxygène. Il lui arrive également de jouer à Tetris avec le lit, la table, la table de nuit, le fauteuil, le patient, le lit du voisin tout en tentant de ne pas trébucher dans le fil du téléphone.

Vous croyez peut-être que c’est terminé? Je vais peut-être vous décevoir, mais non. Le PAB est également un travailleur ayant d’excellentes capacités de communication. Il discute avec les patients, il les rassure, il les encourage, il est empathique et il les aime ses patients… même si parfois, ce n’est pas toujours réciproque lorsque vient le temps pour le patient de se lever du lit ou d’accomplir certaines tâches par lui-même. Le préposé tente également d’afficher son plus beau sourire, même lorsque c’est difficile.

Grâce à son travail, le préposé développe également énormément de capacités insoupçonnées. Il devient spécialiste dans l’art de trouver des rougeurs. Qu’elle soit au siège, sous un sein ou encore au niveau du talon, aucune rougeur ne peut passer inaperçue sous l’œil aiguisé du PAB. C’est aussi un spécialiste des selles. Il a vu les selles sous toutes ses formes, consistances, couleurs, mais surtout, sous toutes ses odeurs. Le PAB développe également une excellente mémoire. Il se souvient de plusieurs détails et se souvient que madame Tremblay aime prendre un jus d’orange en après-midi, alors que monsieur Gervais  désire de l’eau sans glace, mais que madame Bérubé, elle, ne veut que de la glace dans son verre. Il se souvient également, bien avant d’entrer dans la chambre de madame Lachance , que celle-ci prend une culotte d’incontinence large et qu’elle la porte avec une culotte en filet par dessus. Il se souvient que madame Lacroix, elle, a besoin d’une jaquette avec une poche et des boutons, car elle a un soluté et une télémétrie. Il se souvient également qu’il n’a pas besoin d’apporter de savon dans la chambre de monsieur Martin pour la toilette, car il préfère utiliser ses produits personnels pour la faire.

Le PAB doit également faire face à toutes sortes de situations : il côtoie la vie, il côtoie la mort, il partage avec les patients les heureuses comme les mauvaises nouvelles. Il fait parfois face à des situations difficiles et il doit trouver les mots justes pour aider les patients à passer au travers de moments de pertes et au travers de moments de deuil.

Je me suis basé sur mon expérience de préposé aux bénéficiaires sur une unité de médecine pour écrire ce texte. Évidemment, il ne représente qu’une infime partie de l’ampleur du travail du préposé. Tout comme l’infirmier, le préposé œuvre dans différents milieux et ses tâches varient d’un endroit à l’autre. Malheureusement, on ne parle que très peu souvent du travail accompli par les PAB, et sans eux, laissez-moi vous dire que le système de santé ne ferait pas long feu.

Crédit photo couverture : Avengers : Age of Ultron

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À défaut de pouvoir écrire pour la Gazette du Sorcier, j'ai crée la Gazette du Malin-Firmier!

15 commentaires sur « Préposés aux bénéficiaires : Les héros invisibles du système de la santé »

  1. Merciiiiii!!!jai fais ce metier pendant 4 ans a lurgence et ca ete assez pour me bruler…mais cest vrai que cest un travail qui vient du coeur!!;) la partie sur les pompe a solute et le besoin de jouer a tetris sans se peter de quoi ma fait rire par sa veracite lol!!XD bonne chance dans ton parcours vers le nursing!!;)

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    1. Tellement t d’accord … On entends toujours infirmière ceci infirmier cela et rarement on entends parler des préposés que ce soit à la télé radio ou tout autre média comme si l’on existait pas !!!! Merci d’avoir écris ce texte il représente bien notre métier pu comme le dirait plusieurs patients notre vocation 😉

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      1. Moi, je suis entièrement d`accord ayant travaillée au foyer pendant 18 ans et 6 mois, maintenant je suis à l`urgence depuis septembre 2009 je dois te dire qu`on en fait des courbettes durant une journée, c`est de valeur la direction ne parle pas assez de nous, elle parle seulement des infirmières; nous travaillons dans l`ombre. Continuons notre beau travail bye

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  2. Un bel article ! Bravo, j’ai bien aimer et c’est bien représentatif de la réalité. J’aurais aimer en entendre plus sur l’hygiène des patients, genre l’hygiène buccale, la chronologie de l’hygiène up side down et sur la patience des préposées et le temps alloués pour les patients qui nous pousse dans le derrière parce que je crois qu’il y a matière a en faire de bonne blague et aussi parce que c’est une part de la réalité. Bref chapeau pour cet article , merci de nous représenter et de nous faire rire. D’un joueuse de tetris professionnel avec les meubles 😉

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  3. Bravo à toute l’équipe du chsld St-Michel! Plus particulièrement au 3ieme . J’ai la chance de travailler avec les meilleurs et dieu sait qu’on travaille fort en c….. Votre collègue qui vous aime xxxx

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  4. Tout a fait d’accord avec ce texte. Je suis PAB depuis environ 3 ans et je fais mon cours pour être infirmier. Je dois dire qu’il est facilement observable pour les infirmiers (ières) qui ont été PAB dans le passé. Cela parrait dans leurs attitudes de travail et le coeur qui y mettent. On acquiert un bon esprit d’équipe, une bonne gestion du stress et de l’empathie envers les patients. Tellement important que je crois qu’être PAB devrait être obligatoire avant d’être infirmiers (ières).

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  5. Bravo aux préposés aux bénéficiaires, c’est vrai que c’est un métier exigeant, et non reconnu, les médias n’en parlent pas assez souvent des dessous du métier, ne pas oublier les auxiliaires services santé sociaux qui sont les pendant des pab mais à domicile. Bravo à toute l’équipe des méconnus.

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  6. Bravo Pierre-Luc,
    Tu écris très bien et tu as le sens de l’image comme un cinéaste.
    Félicitations pour ce bon texte et pour le bon travail que tu fais comme PAB.
    LYNE L.

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  7. Un texte très réaliste et oui on pourrait en rajouter…bien que tout ne ce passe pas dans la même journée. Je pense aux nouveaux préposés qui commence et font tout leur possible alors que les habitués doivent s’armer de patience pour les guider et expliquer les procédures et repasser en arrière d’eux pour parfois recommencer ce n’est pas toujours comme on nous l’enseigne dans les cours ce n’est pas du ¨par coeur¨ mais avec le coeur. Du reste, le manque de temps est notre principal adversaire.

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  8. Merci !!!! Je suis préposée depuis 7 ans dans un CHSLD et mes journées ressemblent pas mal à ce que vous avez d’écrit . Un GROS MERCI pour ce beau texte .

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  9. Excellente façon de dépeindre notre quotidien qui disons le devient d’en plus en plus chargé.
    Un PAB c’est aussi un aide important à la réadaptation et plus souvent qu’autrement la personne qui va informer le patient et/ou la famille des examens ou procédures à passer.

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